Yasmina, 38 ans, mère de Créteil, affronte le quotidien épuisant d'un enfant handicapé, entre précarité économique et dynamiques familiales.
Le quotidien difficile d'une mère
Yasmina, 38 ans, mère de Créteil, décrit le quotidien épuisant qui est le sien : élever un enfant en situation de handicap tout en s'occupant de ses deux autres filles, faire face aux difficultés financières et trouver un peu de temps pour elle-même. Son foyer est rempli du désordre habituel des enfants, mais elle doit souvent servir de médiatrice entre ses filles, surtout lorsque son aînée, Zahra, a le sentiment d'être délaissée au profit de sa petite sœur, Amel.Comprendre le handicap chez les frères et sœurs
Caroline Bonnet, psychologue au Centre d'accueil familial spécialisé (CAFS) de Saint-Maurice, explique que les frères et sœurs peinent souvent à comprendre pourquoi leur frère ou sœur est différent et peuvent se demander, sans le formuler, pourquoi ils ne sont pas touchés par la même condition. Cela peut engendrer chez eux un sentiment de confusion, voire de culpabilité.Les premières difficultés et l'histoire familiale
Les difficultés de Yasmina ont commencé avec son premier enfant, Ismaël, né en 2008 avec une hydrocéphalie. Après des complications liées à la varicelle, Ismaël a développé un handicap sévère, et son père a quitté la famille, incapable de faire face à la situation. Pendant plusieurs années, Yasmina s'est occupée d'Ismaël avec l'aide de sa mère et de sa sœur, avant de demander finalement le divorce, une procédure qui a duré cinq ans.La survie et l'héritage d'Ismaël
Ismaël, dont l'espérance de vie était estimée à six ans, a vécu jusqu'à quatorze ans, grâce au soutien de sa mère et à l'environnement créé par les trois femmes de sa vie. Sa présence et les défis qu'il a dû relever ont façonné la vie actuelle de Yasmina ainsi que la manière dont elle élève ses autres filles.Difficultés économiques et professionnelles
Aujourd'hui, Yasmina élève seule trois filles, et le poids financier est considérable. Elle a dû quitter son emploi d'agent de sécurité au Louvre ainsi qu'un poste à temps partiel dans la production, en raison des exigences de la prise en charge de ses enfants. Selon la DREES, seules 54 % des mères d'enfants en situation de handicap travaillent, contre 74 % des autres mères, et le risque de pauvreté pour les familles monoparentales atteint 42 %.Soutiens et petites victoires
Yasmina s'appuie sur plusieurs prestations sociales, comme le RSA et l'AEEH, pour faire vivre sa famille. Malgré les difficultés, elle savoure de petites victoires, comme la scolarisation de sa fille Amel avec le soutien d'une AVS, et la perspective d'un accompagnement professionnel supplémentaire grâce au Service d'Éducation Spéciale et de Soins à Domicile de Champigny (SESSAD). Yasmina reconnaît toutefois qu'elle n'a pas le temps de vivre une relation amoureuse : « Je n'ai pas le temps pour une relation », confie-t-elle, illustrant la pression immense et les sacrifices qu'exige la prise en charge de ses enfants.