Le monde sans les femmes appelle à une grève

Le mardi 13 octobre, le mouvement Le monde sans les femmes a invité toutes les femmes à cesser le travail pendant une journée afin de mettre en lumière leur rôle essentiel dans la société et de réclamer une plus grande égalité.

Les femmes dominent les emplois essentiels

L'historienne et sociologue Fanny Gallot et l'économiste Rachel Silvera ont souligné que les femmes occupent une place prédominante dans les emplois essentiels de l'éducation, de la santé et des services, et qu'elles assurent aussi une part importante du travail domestique, souvent non rémunéré et peu visible.

Des statistiques qui révèlent les inégalités entre les sexes

Elles ont décrit une journée de mardi type sans la contribution des femmes, en rappelant que 71 % des enseignants du public sont des femmes, de même que 99 % des auxiliaires de puériculture et 97 % des assistantes maternelles. Dans les bureaux, 73 % du personnel de nettoyage sont des femmes, tout comme 97 % des secrétaires.

La vie quotidienne serait perturbée

À midi, il n'y aurait pas de repas, car les femmes gèrent généralement les cantines ou préparent les repas de leur conjoint. Le soir, la gestion des devoirs et de l'hygiène des enfants serait compliquée, les femmes représentant 76 % des caissiers.

Le secteur de la santé serait aussi touché

La santé serait également affectée, puisque 90 % des aides-soignants et 87 % des infirmiers sont des femmes. À domicile, les femmes assument 72 % de la gestion du linge, 62 % de la préparation des repas et 60 % des tâches ménagères dans les foyers biactifs avec des enfants de moins de 14 ans.

Le travail domestique non rémunéré est « doublement invisible »

Ces tâches sont qualifiées de « doublement invisibles » en raison de leur caractère non rémunéré et de la charge mentale qu'elles impliquent, comme l'organisation des activités des enfants ou les démarches administratives. Fanny Gallot a relevé que, si davantage d'hommes participent à ces tâches, ils le font souvent sur demande plutôt que de leur propre initiative.

L'impact économique de l'absence des femmes

Elle a souligné que, si toutes les femmes cessaient de travailler, le pays serait « complètement paralysé ». Le mouvement vise à mettre en lumière le travail domestique essentiel et non rémunéré, ainsi que le rôle central des secteurs majoritairement occupés par des femmes.

Le travail reproductif est vital pour l'économie

Dans son ouvrage Le Cœur du capital : ces travailleuses de l'ombre qui font tourner le monde, Fanny Gallot soutient que le travail reproductif, qui permet aux personnes de retourner au travail et de renouveler les générations, représente environ la moitié du PIB traditionnel.

Un précédent historique en Islande

Ce scénario n'a rien de fictif : en 1975, environ 90 % des Islandaises ont cessé de travailler, tant au bureau qu'à la maison, ce qui a entraîné la fermeture des écoles, l'arrêt des usines et l'annulation de vols. Un an plus tard, l'Islande adoptait la loi sur l'égalité entre les sexes, et en 1980, Vigdís Finnbogadóttir devenait la première femme présidente du pays.

Des mouvements similaires ont conduit à des changements

Des mouvements comparables ont eu lieu en Suisse, en Espagne et en Argentine, où les mobilisations ont abouti à des évolutions juridiques, dont le droit à l'avortement. Le Monde sans les femmes souhaite susciter une mobilisation similaire en France, avec des rassemblements prévus dans tout le pays.