La capacité de remplacer continuellement ses dents est une caractéristique couramment observée chez les crocodiles et les requins, mais pas chez la plupart des mammifères. Pourtant, un fossile chinois récemment découvert, datant de l’époque des dinosaures, remet en cause cette vision traditionnelle. Ce mammifère ancien, qui possédait des dents similaires à celles des reptiles, pouvait remplacer ses dents tout au long de sa vie — contrairement à la plupart des mammifères modernes, qui n’en ont que deux séries. En octobre 2026, une équipe de paléontologues dirigée par Shundong Bi à l’Université du Yunnan a décrit cette découverte dans Nature Communications. Le fossile, baptisé Dongoconodon platycauda, date d’environ 120 millions d’années et a été trouvé en Chine. Il s’agissait d’un animal semi-aquatique doté d’une capacité unique à régénérer en continu ses dents, comme les lézards. Cette découverte remet en question l’idée longtemps admise selon laquelle le fait de n’avoir que deux séries de dents était une caractéristique définissant les mammifères. Le squelette quasi complet de Dongoconodon platycauda révèle qu’il était parfaitement adapté à un mode de vie aquatique. Pesant environ le poids d’une souris et mesurant environ 40 centimètres de long, il nageait probablement dans les lacs et les rivières de l’ancienne Chine au cours du Crétacé. Ses mains et ses pieds palmés, semblables à ceux d’un ornithorynque, suggèrent qu’il était un nageur agile. Le fossile a été découvert dans les dépôts du Liaoning, connus pour préserver des plumes anciennes et des oiseaux primitifs, et il est remarquablement bien conservé. La queue large et aplatie de l’animal, comparable à celle d’un castor, lui aurait permis de se diriger, tandis que ses membres antérieurs fournissaient la propulsion principale. Cette combinaison de caractéristiques indique que Dongoconodon platycauda menait une vie entièrement aquatique, ce qui était rare chez les premiers mammifères. Cependant, l’aspect le plus fascinant du fossile réside dans ses dents. Des scans aux rayons X ont révélé que l’animal possédait des dents à différents stades de croissance, ce qui prouve qu’il remplaçait en continu ses dents tout au long de sa vie. Les mammifères modernes n’ont généralement que deux séries de dents : des dents de lait suivies de dents permanentes. Ce système permet un alignement précis des mâchoires, mais le renouvellement continu des dents de Dongoconodon platycauda suggère un régime alimentaire nécessitant des dents tranchantes et constamment usées, probablement carnivore. Cela remet en cause l’idée selon laquelle le fait de n’avoir que deux séries de dents était une caractéristique définissant les mammifères, car cet animal ancien montre que ce trait a pu évoluer plus tard. La découverte de Dongoconodon platycauda suggère que l’évolution des mammifères n’a pas suivi une voie linéaire, mais plutôt une série d’expériences et d’adaptations. Certains mammifères primitifs auraient conservé la capacité de remplacer leurs dents en continu, une caractéristique plus courante chez les reptiles. Les scientifiques espèrent que d’autres fossiles issus du même gisement les aideront à comprendre quand et pourquoi certaines lignées de mammifères ont modifié leurs stratégies dentaires.