Hausse des coûts et contrôle par de grands groupes transforment les soins vétérinaires, avec des inquiétudes croissantes sur les conditions de travail et le bien-être animal.
Influence croissante des entreprises dans les soins vétérinaires
Le secteur des soins vétérinaires fait l'objet d'un examen minutieux croissant, en raison de la hausse des coûts, des inquiétudes quant à l'indépendance des professionnels de santé et de la dégradation des conditions de travail. Selon le rapport de l'Autorité de la concurrence publié le 13 octobre 2025, la part des vétérinaires français employés par de grands groupes est passée de moins de 2 % en 2019 à environ 27 % en 2025.Les grandes entreprises qui façonnent le marché
Parmi les acteurs clés de ce marché figurent Mon Véto, une entreprise française en partie détenue par le fonds d'investissement Ardian ; IVC Evidensia, un groupe britannico-suédois dont Nestlé détient une part importante ; et AniCura, une filiale de la société américaine Mars, connue pour ses marques d'aliments pour animaux. La concentration de ce marché aurait dégradé les conditions de travail des vétérinaires.Des conditions de travail sous pression
Le vétérinaire Vincent Pirson a souligné les effets de ces changements après le rachat de sa clinique par AniCura. Il a décrit une pression accrue visant à augmenter le chiffre d'affaires des cliniques, notamment avec l'installation d'un logiciel permettant de suivre les soins apportés aux animaux à la minute près. Cela a entraîné une réduction de la durée des consultations et un nombre plus élevé d'opérations chirurgicales par jour, ce qu'il jugeait intenable.Réponses des entreprises et actions réglementaires
AniCura a démenti ces accusations, affirmant que les allégations reposaient sur des informations obsolètes, et a insisté sur le fait que l'indépendance des vétérinaires était respectée. Toutefois, l'Ordre national des vétérinaires a engagé des contrôles de conformité auprès des entreprises du réseau, ce qui a conduit à la radiation de deux cliniques AniCura du tableau de l'Ordre en 2023.Une dégradation des standards dans d'autres entreprises
Des problèmes similaires ont été signalés dans les cliniques d'IVC Evidensia, où des vétérinaires et des assistants vétérinaires ont décrit des pressions économiques et une détérioration des conditions de travail. Ces cliniques seraient davantage gérées par des financiers que par des vétérinaires. Dans une profession où les tarifs des soins ne sont plus réglementés, la recherche du profit affecterait, selon certains, le bien-être des animaux, certains membres du personnel vétérinaire évoquant la suppression d'éléments tels que les serviettes et les paniers pour des raisons de coûts.Le profit avant le bien-être animal
La priorité donnée au profit au détriment du bien-être animal se remarque également dans la prise en charge des animaux de compagnie autres que les chiens, qui recevraient moins d'attention que ces derniers, jugés plus rentables. Le vétérinaire Théo, cité par L'Humanité, a décrit des cas où des animaux étaient laissés dans leurs excréments sans traitement, et où des frais d'hospitalisation étaient appliqués à tort.Tendances futures des soins vétérinaires
Phylum, une entreprise active dans les secteurs de l'alimentation et de la santé animale, prévoit qu'en 2028, la moitié des vétérinaires canins exerceront au sein de groupes. Cette prévision est notable, car Philippe Baralon, cofondateur de Phylum, a quitté ses fonctions en 2026 pour rejoindre Mon Véto en tant que directeur général.