Tesla cherche à obtenir le plus rapidement possible l’homologation de son système Full Self-Driving (FSD) en Europe. Le constructeur automobile américain serait en étroite collaboration avec les régulateurs européens, notamment aux Pays-Bas, tout en présentant des arguments de sécurité que certains chercheurs estiment insuffisamment étayés par des données. Une enquête de Reuters révèle des détails sur les efforts de Tesla pour influencer le processus d’homologation, ce qui pourrait avoir des répercussions importantes pour des pays comme la France. Selon l’enquête de Reuters, qui a examiné des centaines de pages de communications entre Tesla et différentes autorités nationales, l’entreprise a eu recours à diverses tactiques pour convaincre les régulateurs. Aux Pays-Bas, le RDW (Rijksdienst voor het Wegverkeer), l’organisme local chargé de l’homologation des véhicules, a déjà accordé son feu vert au FSD, ce qui pourrait ouvrir la voie à une homologation au niveau de l’Union européenne. Cependant, les documents obtenus par Reuters soulèvent des questions sur la procédure. En avril 2025, le régulateur néerlandais a adressé à Tesla une facture de 365 000 euros couvrant cinq mois de travail, de novembre 2024 à mars 2025. Tesla a jugé ce montant trop élevé et a refusé de payer tant que le RDW ne lui fournissait pas un détail précis des travaux, des coûts et des qualifications du personnel impliqué. Une semaine plus tard, le RDW a suggéré de réduire ou d’ajuster certaines vérifications pour diminuer les coûts, ce qui interroge sur l’indépendance du processus d’homologation. Les démarches de Tesla ne se sont pas limitées à contester les coûts. L’entreprise a également demandé à connaître à l’avance les tests spécifiques et exigé qu’ils soient reportés jusqu’à ce qu’elle donne son accord écrit. Pourtant, les allégations de sécurité avancées par Tesla sont sous le feu des critiques. Si le constructeur affirme souvent que le FSD pourrait prévenir de nombreux accidents et sauver des vies, sept chercheurs en sécurité routière consultés par Reuters estiment que les données européennes présentées par Tesla ne confirment pas ces affirmations. L’étude interne repose en grande partie sur des indicateurs indirects, tels que les freinages brusques, les accélérations rapides ou l’utilisation du klaxon. Autre problème : les véhicules équipés du FSD étaient conduits par des professionnels familiarisés avec le système, ce qui rend incertain le fait que le FSD réduise réellement les accidents mortels. L’enquête révèle également que l’influence de Tesla dépasse le cadre des négociations directes avec les régulateurs. Lors d’une assemblée générale des actionnaires en novembre 2025, Elon Musk a encouragé les propriétaires européens de Tesla à faire pression sur leurs gouvernements pour accélérer l’homologation du FSD. Reuters a obtenu des dizaines de messages envoyés à des responsables en Suède et en Norvège. Certains conducteurs ont repris les arguments de Tesla, accusant les autorités de mettre des vies en danger en retardant le déploiement du système. Un responsable norvégien a admis que cette campagne avait contraint son bureau à consacrer un temps considérable à répondre à ce qu’il a qualifié de conducteurs mal informés. Elon Musk a également fait pression sur la France. Cette campagne a franchi les frontières nationales, Musk critiquant directement le ministre français des Transports, Philippe Tabarot, après que ce dernier a exprimé des réserves sur le déploiement du FSD. Musk a affirmé que les retards dans l’homologation coûteraient des vies. Depuis, la position du ministre français a évolué. En septembre, Tabarot a évoqué des discussions constructives avec Musk et a évoqué d’éventuelles modifications permettant à la France de soutenir l’homologation. Il reste à savoir si la prise de position de Tabarot a été influencée par les interventions de Musk. L’Allemagne montre également son soutien à Tesla. Le constructeur a notamment gagné un allié de poids en la personne du ministre allemand des Transports, Steffen Bilger, qui a annoncé en octobre 2026 son intention d’accélérer l’homologation européenne du FSD. Après plusieurs discussions avec l’entreprise en septembre, Berlin estime qu’un consensus a été trouvé sur les questions techniques et réglementaires. Cette évolution est favorable à Musk, qui a salué l’annonce sur X. L’accord prévoit également que le système puisse dépasser les limites de vitesse de 10 % maximum, un point qui faisait jusqu’ici débat. Tesla a aussi proposé de rebaptiser le système Tesla Assisted Driving, un terme qui pourrait être moins trompeur que Full Self-Driving et aider à rassurer les autorités européennes. En résumé, avec le soutien de l’Allemagne et un changement de position en France, Tesla semble bien placé pour obtenir l’homologation européenne. Cependant, aucune décision définitive n’a encore été prise. Le vote initial, prévu en octobre, a été reporté et ne devrait pas avoir lieu avant décembre 2026 au plus tôt. La situation reste donc à suivre de près.