Les agriculteurs débattent du projet d'irrigation en Provence

Un important projet d'irrigation sur le plateau de Valensole, en Provence, suscite un débat parmi les agriculteurs locaux, qui sont divisés sur la question de savoir s'il les aidera ou nuira à leurs pratiques agricoles. Le projet vise à augmenter considérablement la superficie des terres pouvant être irriguées, ce qui pourrait modifier les types de cultures pratiquées dans la région.

Les cultures traditionnelles font face à une pression économique

Les agriculteurs du plateau, comme Yann Sauvaire, qui exploite environ 100 hectares, peinent face à la baisse des prix des huiles essentielles tirées de plantes aromatiques comme la lavande. Les sécheresses ont également contraint à des récoltes anticipées, entraînant des pertes financières. Yann Sauvaire tente de s'adapter en plantant des haies et en cultivant des variétés anciennes de céréales afin de renforcer la résilience face au changement climatique.

Détails et financement du projet d'irrigation

Le projet « d'irrigation de résilience », lancé au début des années 2020 par la Société du Canal de Provence (SCP), prévoit de presque tripler la superficie irriguée sur le plateau. Il comprend l'installation de canalisations en cinq phases sur dix ans, avec un budget initial de 50 millions d'euros. La première phase a permis d'améliorer une station de pompage du lac Sainte-Croix, et la deuxième phase est actuellement en cours.

Préoccupations concernant la diversité des cultures et l'usage de l'eau

Le projet pourrait conduire à la culture sur le plateau de plantes plus gourmandes en eau, comme le maïs, et risque de creuser un fossé entre les exploitations capables de financer l'irrigation et celles qui ne le peuvent pas. Yannick Becker, de la Confédération paysanne, met en garde : le coût élevé de l'eau pourrait pousser les agriculteurs vers des cultures à forte valeur ajoutée. La SCP, quant à elle, affirme que les réseaux d'irrigation existants n'ont pas provoqué une hausse de l'agriculture consommatrice d'eau.

Coûts et difficultés pour les petits agriculteurs

Le coût des points d'irrigation varie de 2 625 à 17 500 euros, et l'eau est facturée 0,25 euro le mètre cube. Certains agriculteurs craignent toutefois que les petits producteurs ne puissent pas se permettre l'irrigation, d'autant que le prix des terres sur le plateau a fortement augmenté. Cette hausse est attribuée au tourisme plutôt qu'au projet d'irrigation lui-même.

Préoccupations environnementales et gestion de l'eau

Le projet suscite des inquiétudes environnementales, en particulier concernant le Verdon, une rivière qui constitue une source d'eau essentielle pour 2 millions de personnes. Le changement climatique devrait réduire les apports de la rivière de 5 à 20 %, mais la SCP affirme que les réserves resteront suffisantes. Par ailleurs, les prises d'eau du plateau sont contaminées par d'anciens usages de pesticides, ce qui impose des systèmes de filtration coûteux pour garantir une eau saine à l'agriculture.