Les infirmiers de bloc opératoire en France font face à de graves pénuries de personnel et à des conditions de travail qui se dégradent, ce qui pousse à réclamer reconnaissance et réforme.
Crise d'effectifs à l'hôpital Lariboisière
La situation du bloc opératoire de l'hôpital Lariboisière se dégrade, les effectifs ayant chuté de plus de 50 %. Selon le Collectif Inter-Blocs (CIB), l'équipe, qui comptait auparavant 10 infirmiers de bloc opératoire diplômés d'État (IBODE), n'en compte plus que 5.Conditions de travail et insatisfaction des infirmiers
Un IBODE de Lariboisière, qui a souhaité rester anonyme, affirme qu'avant la pandémie, l'équipe disposait d'une charge de travail correcte et d'une bonne qualité de vie au travail, mais que la situation s'est détériorée au fil des années. Les conditions de travail se sont dégradées en raison des gardes et astreintes répétées, des heures supplémentaires et d'une fatigue croissante.Problèmes plus larges dans les hôpitaux français
Le CIB souligne que cette situation n'est pas propre à Lariboisière, des difficultés similaires ayant été signalées dans d'autres établissements, comme Necker, Soissons et Martigues. Après plusieurs semaines de négociations, les infirmiers du bloc Laennec de l'hôpital Necker-Enfants Malades ont accepté le protocole de sortie de grève proposé par la direction.Une crise structurelle du système de santé
Le CIB décrit une crise structurelle alimentée par les difficultés de recrutement, le départ de professionnels expérimentés, le manque de formations financées et l'accroissement des contraintes professionnelles. Le collectif dénonce également la banalisation d'un mode de fonctionnement dégradé dans les établissements de santé.Turnover du personnel et absence de remplacements
À Lariboisière, le CIB a engagé des démarches auprès des acteurs institutionnels concernés et assure de son soutien constant aux professionnels. Depuis la pandémie, des départs successifs n'ont pas été remplacés. En avril de l'année dernière, la cadre de santé a pris sa retraite, tout comme le responsable logistique du service.Négociations avec la DGOS
Le CIB a rencontré des représentants de la Direction générale de l'offre de soins (DGOS) le 23 octobre. Les discussions ont porté sur la reconnaissance de la spécialité, les conditions de travail et l'avenir de la profession. Le CIB fait état d'un constat partagé sur les difficultés rencontrées par les IBODE, mais déplore l'absence de perspectives concrètes.Contraintes financières et absence de progrès
La DGOS a invoqué les contraintes budgétaires actuelles pour justifier l'impossibilité d'engager des discussions sur les mesures attendues, en citant les difficultés financières et le rejet du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. Les représentants des IBODE jugent cette réponse insuffisante et rejettent l'idée que les restrictions financières empêcheraient toute évolution de leur situation.Revendications de reconnaissance et de réforme
Le CIB réclame une reconnaissance salariale et statutaire propre à la spécialité, considérant que le niveau de formation, les compétences techniques et les responsabilités exercées au bloc opératoire ne sont pas suffisamment pris en compte. Au-delà des salaires, c'est aussi la place des IBODE dans l'organisation des soins chirurgicaux qui est remise en question.Polémique autour des qualifications des infirmiers
Un autre point de friction concerne le maintien du dispositif dérogatoire permettant à des infirmiers diplômés d'État non spécialisés de réaliser certains actes relevant des compétences des IBODE, dans les conditions fixées par des mesures transitoires. Le CIB exige la fin de ce dispositif, qu'il considère comme une réponse à des besoins opérationnels immédiats plutôt que comme une solution durable à la qualification des professionnels.Financement et engagement politique
Le manque de moyens financiers figure parmi les facteurs qui freinent le recrutement et le renouvellement des équipes, selon le CIB. Le collectif interpelle également la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, qu'il affirme avoir sollicitée à plusieurs reprises sans obtenir de réponse.Projets d'actions renforcées
Grégory Chakir, président du Collectif Inter-Blocs, a annoncé que le collectif est en train d'envisager un mouvement social pour donner la parole aux IBODE de Lariboisière. Face à l'absence de progrès satisfaisants, le CIB envisage désormais d'intensifier sa mobilisation. Il étudie l'organisation d'une grève nationale spécifique aux IBODE, à laquelle pourraient également participer les étudiants en soins infirmiers du bloc opératoire et les IDE exerçant au bloc. Aucune date n'est fixée à ce stade.Poursuite de l'action politique
Parallèlement, le collectif entend poursuivre son action politique, en portant sa proposition de loi et sa pétition auprès de l'Assemblée nationale afin d'obtenir un débat parlementaire sur la reconnaissance de la spécialité. Une nouvelle rencontre avec la DGOS est prévue dans un mois. Le collectif entend poursuivre les discussions, tout en exigeant des engagements concrets.