Une survivante du cancer et une chercheuse s'associent pour dénoncer la culpabilisation individuelle et mettre en lumière les causes environnementales et sociales du cancer, dans une nouvelle BD.
Le parcours contre le cancer et l’engagement de Lili Sohn
Lili Sohn, diagnostiquée d’un cancer avant ses 30 ans, utilise les réseaux sociaux depuis 2022 pour partager son vécu. Son histoire a attiré l’attention lorsqu’elle a collaboré avec Marc Billaud, chercheur sur le cancer, qui a demandé à utiliser l’une de ses affiches lors d’un colloque sur les inégalités dans la prise en charge du cancer à Lyon.Une bande dessinée sur les causes systémiques du cancer
La collaboration entre Sohn et Billaud a donné naissance à la bande dessinée Cancer. Une affaire d’État, publiée en octobre 2026. L’ouvrage plaide pour un passage de la prévention individuelle à la prévention collective, en mettant l’accent sur les causes environnementales et professionnelles du cancer plutôt que sur les comportements personnels.Lili Sohn remet en cause les discours médicaux
Dans un entretien, Sohn explique avoir choisi d’illustrer le moment où son médecin a qualifié son diagnostic de cancer du sein de « malchance biologique ». Elle voulait remettre en question cette explication et promouvoir une compréhension plus large des causes du cancer, dénonçant l’affirmation courante selon laquelle 40 % des cancers seraient « évitables », qu’elle juge culpabilisante et simpliste.Billaud introduit le terme « carcinocène »
Marc Billaud a introduit le terme « carcinocène » pour décrire l’enchevêtrement complexe de facteurs historiques, sociaux, économiques et politiques qui conduisent à l’exposition aux substances cancérigènes. Il a utilisé ce concept pour souligner les effets du chlordécone, un pesticide qui a contaminé les Antilles et touché les femmes et les travailleurs noirs des plantations de bananes.Âge et vieillissement face au cancer
Billaud a également évoqué la différence entre l’âge et le vieillissement, notant que l’incidence du cancer augmente avec l’âge, mais pas nécessairement avec le processus biologique du vieillissement. Il a souligné que l’amiante, encore présente dans l’environnement malgré son interdiction, pourrait causer 100 000 décès d’ici 2050, et a appelé à des changements juridiques pour que les employeurs soient tenus responsables des risques sanitaires.La reconnaissance des cancers professionnels reste faible
Sohn et Billaud ont souligné les difficultés à faire reconnaître les cancers professionnels, avec seulement 1 400 cas reconnus chaque année en France. Ils ont évoqué le rôle de groupes d’intérêt scientifique comme Giscop, qui aident les patients à prouver l’origine professionnelle de leur maladie et à obtenir un soutien.Les inégalités sociales face au cancer
Ils ont également abordé les inégalités sociales face au cancer, relevant que les personnes issues de milieux modestes meurent plus fréquemment et plus rapidement de la maladie. Ils ont souligné que les efforts de prévention sont sous-financés, avec seulement 100 millions d’euros alloués chaque année en France, contre 23 milliards pour les programmes de cancérologie.Les critiques de la campagne Octobre rose
Les critiques de la campagne Octobre rose, qui vise à sensibiliser au cancer, estiment qu’elle met trop l’accent sur la responsabilité individuelle et le changement de comportements. Sohn a relevé que la campagne a commencé à intégrer une perspective plus politique, sous l’influence de groupes comme Cancer Colère, qui a organisé des manifestations contre des entreprises comme Syngenta.Un mouvement politique grandissant contre le cancer
Sohn et Billaud voient en France un mouvement croissant qui politise la question du cancer, à l’image du militantisme d’Act Up dans la lutte contre le VIH-sida. Ils estiment que ce mouvement, porté par les jeunes générations, continuera de se développer et d’influencer les politiques de santé publique.