La règle à mesurer moderne que l’on trouve dans les boîtes à outils est de 0,197 millimètre plus courte que le mètre original défini par la Convention française à la fin du XVIIIe siècle. Cette différence, bien que minime, s’explique par un effort scientifique majeur mené entre 1792 et 1798, lorsque les astronomes Jean-Baptiste Delambre et Pierre Méchain ont mesuré un tronçon du méridien terrestre entre Dunkerque et Barcelone. L’objectif était de définir le mètre comme la dix-millionième partie d’un quart de méridien terrestre, une tâche exigeant une précision extrême. Delambre a effectué les mesures entre Dunkerque et Rodez, tandis que Méchain couvrait la portion Rodez-Barcelone. Ce dernier a découvert une divergence de 3 secondes d’arc à Barcelone, mais il a gardé ce résultat secret pendant longtemps. Cette erreur, une fois accumulée, entraîne une différence de plus d’un millimètre sur cinq mètres de ruban. Méchain, qui avait auparavant été chasseur de comètes et membre élu de l’Académie des sciences en 1782, était chargé de rédiger l’Connaissance des Temps, un almanach astronomique annuel, en 1788. Il a collaboré avec Charles Messier, un autre astronome, pour découvrir de nombreux objets du ciel profond. En 1792, les deux hommes ont quitté Paris dans des directions opposées, Delambre étant accompagné de l’ingénieur Bellet et Méchain de l’ingénieur Tranchot, comme le rapporte l’Association française pour l’avancement des sciences. Le voyage fut semé d’embûches, les instruments géodésiques n’étant pas toujours bien accueillis par les comités révolutionnaires locaux. Malgré ces obstacles, les mesures se sont poursuivies jusqu’en 1798. En mars 1793, l’Espagne déclare la guerre à la France, et Méchain se trouve alors à Barcelone. Il reçoit l’ordre de rester sur place et se retrouve sous surveillance. Lors d’une visite technique, un levier de pompe le frappe violemment, le laissant plusieurs jours sans connaissance, avec une clavicule fracturée et des côtes brisées. Selon l’Association française pour l’avancement des sciences, il ne s’en remettra jamais complètement. Malgré cette situation, il poursuit ses calculs de latitude et remarque une divergence de 3 secondes d’arc à Barcelone, selon qu’il utilise le point de Barcelone ou la station voisine de Montjuïc. Les deux sites ne sont distants que de deux kilomètres, selon l’Observatoire de Paris. Méchain choisit de ne pas communiquer son second jeu de mesures à son retour en France. L’historien Ken Alder, qui a écrit sur cette période dans un livre, souligne qu’à l’époque, les scientifiques ne faisaient pas clairement la distinction entre précision et exactitude. Méchain a considéré cette divergence comme un échec moral et n’a révélé que le premier jeu de mesures. Il retourne en Espagne et meurt à Castellón de la Plana le 20 septembre 1804, probablement de la malaria, bien que certaines sources évoquent la fièvre jaune. Il dirigeait l’Observatoire de Paris depuis 1794. Delambre récupère plus tard les notes de Méchain et découvre la divergence dans les mesures de Barcelone. Il rédige un rapport détaillé de 2 400 pages sur les six années de mesures, achevé en 1807, dans lequel il ne cache pas l’anomalie. En 1799, la longueur définitive du mètre est fixée à 3 pieds 11,296 lignes de la toise de l’Académie, matérialisée par des étalons en platine. Avec le recul, on sait aujourd’hui que cette valeur est de 0,197 millimètre plus courte que la définition originale. L’article de Wikipédia sur l’histoire du mètre attribue cette différence principalement à une déviation dans la direction verticale à l’extrémité sud du méridien, qui n’avait pas été prise en compte. L’Observatoire de Paris évoque l’accumulation de petites erreurs, comme les déviations locales de la verticale, les imprécisions des instruments et les réfractions stellaires mal estimées. Aucune de ces sources ne quantifie la contribution exacte de Méchain à ces 0,197 millimètre, et il serait injuste de lui attribuer à lui seul l’intégralité de l’écart. Sur un mètre ruban, la plus petite division est de 1 millimètre, et l’écart représente environ un cinquième de cette valeur. Il équivaut à peu près à l’épaisseur de deux feuilles de papier standard. Sur cinq mètres de ruban, l’écart cumulé approche le millimètre. En 1993, une plaque a été apposée sur la tour du château de Montjuïc à Barcelone pour commémorer le bicentenaire du mètre, rappelant que Méchain y a mené ses observations en 1792 et 1793. L’astronome repose à Castellón de la Plana, dans le parc Ribalta.