Les deux terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle s’élèvent à 186 mètres d’altitude, selon l’office de tourisme local, ce qui en fait les plus hauts terrils d’Europe. Toutefois, cette mesure correspond à leur altitude par rapport au niveau de la mer, et non à leur hauteur verticale par rapport au sol environnant. La différence réelle d’altitude par rapport à la plaine avoisinante est d’environ 150 mètres, ce qui permet de les apercevoir à plus de 40 kilomètres de distance. Le schiste noir qui compose ces terrils crée un microclimat environ 5 °C plus chaud que les terres environnantes, d’après une étude publiée en 2012 dans les Annales de la Société géologique du Nord. Il s’agit d’une estimation basée sur des observations de terrain et non d’une mesure normalisée. Si la zone est communément appelée « les deux terrils », il en existe en réalité cinq, dont seuls deux forment les cônes dominants visibles de loin. Le bassin minier à l’origine de ces reliefs compte plus de 340 terrils au total, dont 51 se trouvent dans le site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012. La chaîne de terrils s’étend sur 125 kilomètres jusqu’à la région belge du Borinage. Ces reliefs sont fragiles et nécessitent une gestion attentive. Les visiteurs sont invités à rester sur les sentiers balisés, et l’ascension jusqu’au point de vue sur le terril occidental prend environ une heure, aller-retour inclus. Les cônes de schiste proviennent du puits 11/19, fermé en 1986. Le chiffre 11 fait référence à un chevalement métallique construit en 1920, et le 19 à une tour en béton érigée en 1960. Le schiste noir absorbe le rayonnement solaire et le restitue lentement, surtout sur les versants sud, exposés directement au soleil. Certains terrils sont encore en combustion, avec des fumerolles – des ouvertures libérant de la vapeur et des gaz – émergeant de leur intérieur. À Haillicourt, le terril du vignoble est l’un des derniers de la région à brûler, avec des températures atteignant jusqu’à 700 °C, selon le magazine Latitudes. Malgré ces températures élevées, des moutons paissent à son sommet sans en souffrir. Dans une région aux sols calcaires et au climat humide, la chaleur dégagée par ces terrils attire des espèces habituellement présentes dans des zones bien plus chaudes. La vipérine, la molinie, l’oxalis à feuilles en bouclier ainsi que le laiteron visqueux comptent parmi les plantes qui prospèrent ici, plus souvent associées aux régions méditerranéennes. Des insectes comme le grillon italien et le criquet turquoise, une sauterelle aux ailes bleues, trouvent également leur place dans ce secteur. Le pourpier, qui fuit généralement le froid, passe l’hiver dans ces microclimats chauds. Depuis 2014, des ceps de chardonnay produisent le vin bio Charbonnay sur le terril numéro 9 de Haillicourt. Ce terril, qui culmine à 136 mètres, fait partie du puits 2 bis à Haillicourt, près de Béthune. Avec une pente abrupte de 80 % et une exposition plein sud, il s’agit du seul terril de France à porter des vignes. Le contraste avec la Bourgogne, berceau du cépage, est saisissant. Le projet a été lancé en 2011 par Olivier Pucek, originaire de Bruay-la-Buissière, et le vigneron Henri Jammet. Le nombre de ceps de chardonnay plantés varie entre 2 000 et 3 000 selon les sources. Le vin, baptisé Charbonnay, est produit depuis 2014. Ses promoteurs le présentent comme un hommage aux mineurs et précisent qu’il est également bio. Le sol pauvre et drainant de schiste force les racines des vignes à s’enfoncer profondément, tandis que la chaleur emmagasinée par les déblais sombres, tempérée par une brise sur la colline, favorise la croissance des ceps. Le rendement reste modeste : un reportage photo sur les vendanges mentionne 450 kg de raisins transportés à dos d’homme jusqu’à la base du terril. En 2022, le domaine a produit près de 1 000 bouteilles, distribuées aux actionnaires du site et à la ville, plutôt que vendues. Les vignes sont visibles depuis la route, mais le terril n’est accessible qu’à l’occasion de visites organisées.