En 1895, le chocolatier français Henri Menier acheta l’île d’Anticosti, dans le golfe du Saint-Laurent, pour la somme de 125 000 dollars. Son objectif principal était de créer une réserve de chasse. Il y introduisit 220 cerfs de Virginie, et aujourd’hui, la population est estimée entre 160 000 et 200 000 individus. En 2018, l’île comptait 117 habitants, soit un ratio de plus de 1 300 cerfs par personne. S’étendant sur 7 943 kilomètres carrés et mesurant 222 kilomètres de long, Anticosti est à peu près de la taille d’un département français. Menier, qui n’avait jamais visité l’île au moment de l’achat, confia la supervision du projet à son homme de confiance, Georges Martin-Zédé. D’autres cerfs furent par la suite introduits, certaines sources évoquant un total d’environ 200 animaux relâchés. La densité de population des cerfs sur Anticosti est estimée entre 20 et 25 animaux par kilomètre carré. Cette densité élevée pose des défis environnementaux, notamment pour le sapin baumier, une espèce d’arbre qui constitue une part importante du régime alimentaire des cerfs. Depuis les années 1930, la surpopulation empêche la régénération du sapin baumier, les jeunes pousses étant broutées avant d’atteindre leur maturité. Malgré cela, l’île reste une destination de chasse prisée, avec un taux de réussite supérieur à 85 %, le plus élevé en Amérique du Nord. La chasse constitue une activité économique essentielle pour les 117 résidents de l’île, qui vivent dans le village de Port-Menier, nommé en l’honneur de Menier. En 2023, Anticosti a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, bien que cette reconnaissance repose sur les caractéristiques géologiques de l’île plutôt que sur sa faune. La population de cerfs, bien qu’au cœur de l’identité locale, n’a aucun lien direct avec ce statut. Les habitants d’Anticosti entretiennent une relation unique avec les cerfs : certains les nourrissent, et des enfants parviennent même à les apprivoiser. Un règlement local de 1994 interdit la possession de chiens, ce qui souligne davantage le rôle central des cerfs dans la communauté. Les dynamiques écologiques et sociales de l’île illustrent la relation complexe entre l’activité humaine et la nature.