Des témoignages de 370 anciens élèves ayant subi des violences dans des établissements lasalliens en France ont été recueillis. Ces victimes prévoient désormais de déposer des plaintes civiles contre la Congrégation lasallienne, un ordre religieux connu sous le nom de Frères des écoles chrétiennes. Les anciens élèves, qui s’organisent collectivement depuis février, rapportent des violences physiques, sexuelles et psychologiques subies pendant leur enfance dans les écoles gérées par cette congrégation. Olivier Boulet et Philippe Chemineau seront les premiers à saisir la justice. Philippe Chemineau est président de l’association MVR (Mémoire, Vérité et Reconnaissance pour les victimes des Lasalliens), créée en avril. Olivier Boulet a été officiellement reconnu comme victime par la CRR (Commission de reconnaissance et de réparation), un organisme indépendant créé en 2021 pour traiter les cas de violences sexuelles commises par des membres de groupes religieux. Il a également déposé une plainte pénale contre les responsables. Chemineau a décrit les violences qu’il a subies comme une « torture blanche », évoquant des méthodes comme forcer les élèves à tenir un dictionnaire au-dessus de leur tête pendant toute la durée du cours ou recevoir des gifles ou des coups de poing. Il a également rapporté avoir été sexuellement touché par un prêtre pendant une confession. Boulet a décrit des expériences similaires, comme être contraint de s’agenouiller sur une règle en métal ou sur le bord des escaliers pendant de longues périodes, ou encore subir des châtiments corporels avec une verge sur les fesses nues. Il se souvient avoir été violé par son instituteur en CE1, le frère Paul, décédé récemment. Bien que Boulet ait indiqué que le fait de savoir que son agresseur est mort ne lui apporte aucune paix, les deux hommes ont souligné que les mauvais traitements qu’ils ont subis n’étaient pas isolés, mais s’inscrivaient dans un système plus large, institutionnalisé. La Congrégation lasallienne a présenté des excuses publiques aux anciens élèves victimes de violences et les a orientés vers une « cellule d’écoute », un dispositif d’accompagnement mis en place en 2014. Près de 80 personnes ont reçu des compensations ces dernières années. Cependant, ni Chemineau ni Boulet ne critiquent les tentatives de la congrégation pour faire preuve d’empathie ou les accords de confidentialité prévus dans leur protocole de règlement. Ils cherchent plutôt à obtenir justice civile pour faire reconnaître officiellement les préjudices émotionnels et financiers qu’ils ont subis. Chemineau a expliqué que les violences ont bouleversé sa vie, affectant à la fois son parcours scolaire et son bien-être émotionnel. Boulet a précisé que leur action en justice ne relève pas de la vengeance, mais vise à obtenir justice et reconnaissance pour l’ensemble des victimes. Les deux hommes prévoient de déposer leurs plaintes auprès du même juge à Paris. Ils ne cherchent pas à tenir pour responsables les individus ayant commis les crimes, dont beaucoup sont décédés, mais entendent plutôt mettre en lumière la négligence de la congrégation, qui n’a pas su protéger les enfants. Chemineau a souligné que cette affaire est sans précédent en raison du nombre élevé d’établissements et de victimes concernés, marquant une étape importante dans la prise en compte des violences historiques au sein des institutions éducatives religieuses en France.