Le déballage public de suspects gagne en popularité

Dans les pays anglophones, la pratique consistant à exposer publiquement des personnes soupçonnées de méfaits, souvent appelée « name and shame », se répand. Cette démarche consiste à révéler l'identité d'une personne pour la tenir responsable ou pour prévenir de nouveaux méfaits, mais elle suscite des débats sur la vie privée et l'équité.

Des commerçants canadiens utilisent les réseaux sociaux pour identifier des suspects

Au Canada, certains commerçants ont commencé à diffuser sur les réseaux sociaux des images de personnes qu'ils soupçonnent de vol. Cette tactique vise à identifier les individus ou à décourager de futurs incidents. Toutefois, cette pratique a soulevé des inquiétudes, entraînant une action en justice en 2015 lorsque le commissaire canadien à la protection de la vie privée a ordonné à un magasin de retirer de telles images, faute de consentement.

Les commerçants français font face à des préoccupations juridiques et éthiques similaires

En France, les commerçants recourent également à la vidéosurveillance et aux communautés en ligne pour identifier les voleurs présumés. Ils lancent parfois des ultimatums pour exiger la restitution des objets volés ou un paiement. Selon Me Marc Gallix, avocat pénaliste à Montpellier, le simple soupçon ne suffit pas à justifier une exposition publique, car cela peut entraîner des problèmes juridiques si la personne n'est pas reconnue coupable.

Un cas viral met en lumière les questions de droit à l'image

À Agde, un couple a été accusé d'avoir volé deux bouteilles de champagne Ruinart. Des images de vidéosurveillance les montrant ont été partagées en ligne sans être floutées. La vidéo, publiée sur le compte Instagram Ras-le-Vol, a été vue plus d'un million de fois et a mis en lumière les préoccupations relatives au droit à l'image et aux données personnelles. L'affaire a été relatée par La Dépêche du Midi le 7 août.

Des juristes mettent en garde contre les risques de diffamation

Me Marc Gallix souligne que, même si un commerçant dispose de preuves vidéo, les diffuser publiquement peut entraîner des poursuites pour diffamation. Si la vérité ou la bonne foi peuvent servir de moyens de défense dans certains cas, ils ne résolvent pas entièrement les questions juridiques et éthiques que soulève l'utilisation d'images et de données personnelles sans consentement.