La Cour des comptes salue la réussite des soins coordonnés par les pharmaciens et appelle à réformer la coordination des médecins généralistes pour améliorer l'accès aux soins et la prévention.
L'expérimentation Osys démontre des bénéfices pour les patients
La Cour des comptes, dans son rapport sur le système de médecine générale publié le 30 septembre 2026, a cité les résultats de l'expérimentation Osys. Cette initiative permet aux pharmaciens de prendre en charge certains problèmes de santé bénins à l'aide de protocoles prédéfinis. Selon l'évaluation de 2025, 19 % des patients suivis dans le cadre d'Osys ont évité une consultation chez un médecin, 3,5 % ont évité un passage aux urgences et 12 % ont évité une automédication inappropriée.Les pharmaciens se voient confier de nouvelles responsabilités
Le rapport souligne également l'élargissement du rôle des pharmaciens. Ils sont désormais autorisés à administrer des vaccins, à délivrer certains traitements chroniques pendant trois mois supplémentaires après l'expiration d'une ordonnance, à dispenser des antibiotiques après certains examens, à réaliser le dépistage du cancer colorectal et à effectuer des bilans de prévention.Une réorganisation des soins de premier recours
Ces évolutions s'inscrivent dans une réorganisation plus large des soins de premier recours, dont l'objectif est d'améliorer la coordination entre les professionnels de santé. Il s'agit de mieux répartir les tâches et d'assurer une meilleure répartition des responsabilités de soins entre les équipes médicales.Une collaboration limitée entre pharmaciens et médecins généralistes
Malgré ces évolutions, la collaboration entre pharmaciens et médecins généralistes reste limitée. Selon les données de la Drees citées dans le rapport, seuls 28 % des médecins généralistes exerçant au sein d'une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) travaillent avec un pharmacien au moins une fois par semaine, contre 18 % en dehors de ces structures. Les collaborations les plus fréquentes concernent d'autres médecins généralistes ou des kinésithérapeutes.Essor des maisons de santé pluriprofessionnelles
Toutefois, la prise en charge coordonnée progresse. En 2025, la France comptait 2 800 maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) conventionnées, employant 50 000 professionnels de santé. Fin 2024, les pharmaciens représentaient 7 % des professionnels de ces structures, contre 21 % pour les médecins généralistes et 27 % pour les infirmiers.L'absence de médecin traitant réduit le dépistage des cancers
Le rapport souligne que l'absence de médecin généraliste réduit l'accès à la prévention. Les données du Système national des données de santé (SNDS) montrent que seulement 15 % des patients âgés de 50 à 74 ans sans médecin traitant ont bénéficié d'un dépistage du cancer colorectal sur deux ans, contre 34 % de ceux qui consultent leur médecin. Pour le cancer du sein, les taux sont respectivement de 38 % et 62 %.Même avec un médecin traitant, le manque de consultations affecte le dépistage
Même lorsque les patients ont un médecin traitant, le fait de ne pas le consulter régulièrement réduit leurs chances de bénéficier de la prévention. Seuls 21 % des patients qui n'ont pas de consultations ont bénéficié d'un dépistage du cancer colorectal, et 47 % d'un dépistage du cancer du sein. Ces écarts soulignent la nécessité d'un meilleur suivi et le rôle des pharmaciens dans le repérage des patients éloignés des soins.Mesures proposées pour améliorer la couverture en médecins généralistes
Pour remédier à ces problèmes, la Cour des comptes recommande de fixer un nombre minimum de patients pour les médecins généralistes libéraux. En 2024, 8 553 médecins libéraux suivaient moins de 200 patients, ce qui limitait leur capacité à assurer les soins de premier recours. Un seuil de 500 patients pourrait permettre à 2,5 à 4 millions de personnes supplémentaires d'accéder à un médecin généraliste.Une proposition de loi suscite l'opposition
Le député socialiste Guillaume Garot a déposé à l'Assemblée nationale une proposition de loi prévoyant qu'au moins 30 % de la patientèle d'un médecin généraliste libéral relève du dispositif de soins de premier recours. Cette proposition se heurte à la résistance des médecins libéraux, qui estiment qu'elle pourrait être contraignante et contre-productive.