La commission spéciale de l’Assemblée nationale a retiré une disposition clé d’un projet de loi visant à lutter contre les violences sexistes et sexuelles, selon plusieurs sources. Lors d’une réunion le 22 septembre, la commission a supprimé l’article 30 du texte, qui prévoyait un entretien annuel obligatoire pour tous les élèves. Cet article a été remplacé par des mesures moins précises et facultatives, après un vote commun du gouvernement Macron, des partis de droite et du Parti socialiste. Cette disposition initiale avait pour objectif de permettre aux enfants de sortir de situations de contrôle, puisque, selon les rapports du CIIVISE, une organisation de recherche et de plaidoyer sur les violences faites aux enfants, 81 % des auteurs de ces violences sont des membres de la famille. Gabrielle Cathala, députée du mouvement politique La France Insoumise, a qualifié cette décision de « scandaleuse ». Elle a souligné que, si les nouvelles mesures permettent à un élève d’accéder à un adulte de confiance à tout moment, leur efficacité dépend de la disponibilité de ces adultes. Cathala a insisté sur le fait que le vrai défi réside dans l’obtention de financements suffisants pour cette initiative. L’entretien individuel obligatoire, qui aurait favorisé un lien personnel entre l’enfant et le personnel enseignant, est remplacé par un questionnaire impersonnel accessible uniquement sur demande de l’enfant. Ce changement transfère la responsabilité d’alerter les autorités des adultes entourant l’enfant vers l’enfant lui-même. Cathala a affirmé que les enfants méritent plus qu’une simple case à cocher. Elle a soutenu qu’ils ont besoin d’un adulte formé, capable de poser les bonnes questions et d’offrir une protection et des soins immédiats. La Coalition féministe et enfance avait déjà critiqué le projet de loi pour ses nombreuses limites. Isabelle Bourdon, de l’association 160 000 enfants, a qualifié cette décision de « trahison », tandis que Marceau Beauvois, de l’association Face à l’inceste, l’a qualifiée de « recul inacceptable ». Ces critiques estiment que la responsabilité d’identifier les victimes devrait incomber aux adultes, et non aux enfants déjà en situation de vulnérabilité. Le projet de loi doit désormais être examiné en séance publique à l’hémicycle, mais il a perdu sa disposition la plus contraignante. Des experts du secteur reconnaissent que ce vote illustre les défis institutionnels persistants pour lutter contre les violences systémiques faites aux enfants.