La réautorisation des pesticides néonicotinoïdes suscite des inquiétudes quant au suivi de leurs effets environnementaux et sanitaires, soulignant les difficultés scientifiques à évaluer les impacts réels.
Réautorisation des pesticides néonicotinoïdes
La réautorisation des pesticides néonicotinoïdes en France, au titre d'une clause de dérogation prévue à l'article 6 de la loi d'urgence agricole, a suscité des inquiétudes quant à la capacité de surveiller efficacement leurs effets sur l'environnement et la santé. La loi impose la création d'un conseil de suivi chargé d'examiner ces effets, en s'appuyant sur les données du système de phytopharmacovigilance géré par l'Anses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.Les néonicotinoïdes et leur histoire
Les néonicotinoïdes, comme l'imidaclopride, le thiaméthoxame et la clothianidine, ont été autorisés dans les années 1990, à l'issue d'une première évaluation des risques qui prenait en compte leur impact sur les abeilles. Toutefois, les apiculteurs ont observé des disparitions inhabituelles de butineuses à proximité des parcelles traitées. Cela a conduit à restreindre l'usage de ces pesticides sur les cultures attractives pour les abeilles en 2013, puis à une interdiction complète en 2018.Processus d'évaluation des risques et d'autorisation
L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) évalue les essais réalisés par les fabricants de substances actives et procède à une évaluation des risques afin de recommander l'approbation à la Commission européenne. Chaque État membre décide ensuite de l'autorisation des produits commerciaux contenant ces substances et fixe les conditions garantissant la sécurité des utilisateurs et de l'environnement. En France, c'est l'Anses qui est chargée d'évaluer ces produits.L'importance du suivi des risques liés aux pesticides
Le suivi des risques liés aux pesticides est devenu de plus en plus important, car les politiques environnementales visent à mesurer les effets sur la santé humaine, la biodiversité, l'eau, les sols et la qualité de l'air. Ce suivi sert à la fois à vérifier les conséquences des politiques en vigueur et à recueillir les connaissances nécessaires pour les ajuster. La loi d'urgence agricole a réintroduit l'acétamipride et le flupyradifurone, et confie à un conseil de suivi la responsabilité d'examiner les effets de ces dérogations.Les défis scientifiques du suivi
Détecter tôt les effets non intentionnels, distinguer les signaux anormaux des fluctuations naturelles, attribuer les impacts à des substances précises dans des milieux contaminés par des mélanges complexes, et relier les observations locales à des phénomènes plus larges constituent des défis scientifiques majeurs. L'écotoxicologie doit élargir son champ d'action afin de développer les connaissances, méthodes et outils nécessaires pour comprendre le fonctionnement des socio-écosystèmes exposés à de multiples contraintes chimiques.Suivre les effets réels sur les abeilles
L'évaluation des risques liés aux pesticides pour les abeilles illustre la difficulté à détecter, dans les dispositifs de suivi en conditions réelles, des effets comportementaux, chroniques ou physiologiques documentés en conditions contrôlées. Par exemple, l'altération de l'immunité des abeilles peut être détectée en contexte expérimental grâce à des technologies avancées, mais elle est beaucoup plus difficile à repérer sur le terrain, où les abeilles sont exposées à des mélanges de substances à des concentrations variables et où d'autres facteurs environnementaux influencent leur santé.Le besoin de nouveaux outils de suivi
Identifier les effets nocifs documentés expérimentalement exige de développer de nouveaux indicateurs et outils capables de mesurer plus précisément le comportement et la physiologie des abeilles sur les ruchers. Ces mesures reposent sur des méthodologies et des équipements (compteurs d'abeilles, puces RFID, etc.) qui dépassent les pratiques habituelles de suivi des colonies d'abeilles, et leur déploiement à grande échelle reste techniquement et économiquement difficile.Les défis futurs de la politique environnementale
Le défi des prochaines années sera de construire les connaissances, méthodes et systèmes permettant d'intégrer l'évaluation des risques a priori et le suivi. La capacité de la science à accompagner l'évolution des politiques environnementales dépend de cette intégration, ainsi que de la reconnaissance des investissements qu'elle exige.