Toulouse teste la surveillance par IA avec le système d'Orasio, soulevant des inquiétudes sur la vie privée et des questions juridiques.
Toulouse teste un nouveau système de vidéosurveillance
La ville de Toulouse a commencé à tester un système avancé de vidéosurveillance développé par Orasio, une start-up cofondée par Florian Fournier. Utilisé par la police municipale du 22 mars 2025 au 1er février 2026, le dispositif comprend 710 caméras, 43 opérateurs de vidéoprotection et un centre de supervision. Il vise à améliorer les méthodes traditionnelles de surveillance, dont l'efficacité en matière de réduction de la délinquance s'est révélée limitée, selon une étude réalisée avec la gendarmerie.L'IA analyse les flux vidéo
Le système d'Orasio utilise l'intelligence artificielle pour analyser les flux vidéo en temps réel et a posteriori. Il peut détecter et classer les personnes et les véhicules, et propose deux modes : des alertes en temps réel pour des situations précises, comme la présence d'armes ou une forte densité de foule, et une analyse a posteriori permettant de rechercher un véhicule ou une personne. Toulouse a choisi le mode a posteriori pour son expérimentation, comme le précise une délibération municipale du 6 décembre 2025, qui autorisait l'utilisation gratuite du logiciel.Critiques sur les questions juridiques et la vie privée
L'expérimentation a suscité des critiques de la part d'élus de l'opposition, qui s'inquiètent des incertitudes juridiques et d'un possible détournement de moyens publics. Odile Maurin a interrogé l'absence de cadre juridique et de contrôle indépendant, tandis qu'Antoine Maurice a souligné l'absence de consentement du public et le manque de transparence dans le traitement des données personnelles. La délibération sur le projet n'a duré que dix minutes au conseil municipal.Une technologie utilisée dans un cadre militaire
La technologie d'Orasio est également employée dans des contextes militaires et confidentiels, notamment en Ukraine pour la reconnaissance faciale. Le logiciel peut traiter des requêtes en langage naturel, aidant les opérateurs à repérer des personnes immobiles, des rassemblements soudains ou à décrire des vêtements. Il s'appuie sur un modèle d'apprentissage automatique non supervisé, entraîné à partir d'images trouvées sur internet, ce qui élargit ses capacités de surveillance. Le directeur de l'entreprise, Gabriel Philippe, a souligné la capacité du logiciel à détecter des comportements précis, comme la course ou la présence de groupes de personnes.Des questions juridiques sur le système
Bastien Le Querrec, de La Quadrature du Net, a averti que si le logiciel permet une détection en temps réel en plus de l'analyse a posteriori, l'expérimentation pourrait être illégale en raison de l'« effet de contamination » des fonctionnalités. Orasio affirme que son logiciel respecte la réglementation et qu'aucune reconnaissance biométrique ni analyse en temps réel n'a été utilisée à Toulouse. La ville a confirmé l'utilisation d'une analyse a posteriori pour les plaques d'immatriculation, les vêtements et les personnes, mais n'a pas communiqué de résultats précis ni d'évaluation de son efficacité.La ville cherche des solutions de surveillance avancées
L'appel d'offres en cours de Toulouse pour moderniser son infrastructure de vidéosurveillance demande des solutions capables de détecter les mouvements, de reconnaître les plaques d'immatriculation et d'exploiter efficacement les enregistrements vidéo, en temps réel comme a posteriori. Cela correspond aux objectifs commerciaux d'Orasio, dont le logiciel propose à la fois l'analyse en temps réel et a posteriori, pour un coût de 20 000 euros par commune, auquel s'ajoutent des redevances annuelles de 400 à 500 euros par caméra.