Le risque incendie impacte les opérations des entreprises

L'été 2026 a montré qu'un incendie peut perturber les activités d'une entreprise sans endommager ses bâtiments. Des routes fermées, des évacuations, de la fumée, des fournisseurs indisponibles ou des salariés touchés par le sinistre peuvent suffire à interrompre l'activité. Pour les dirigeants, le risque incendie doit être considéré comme un risque de continuité d'activité. Une stratégie de gestion de crise efficace est indispensable.

Une durée record du risque incendie

L'été 2026 a marqué une hausse significative du risque incendie. Météo-France a recensé 901 jours au cours desquels au moins un département était placé en risque incendie élevé, dont 74 jours consécutifs entre le 8 juin et le 20 août, une durée sans précédent.

L'impact financier des sinistres incendie

France Assureurs estime le coût d'environ 25 000 sinistres liés aux incendies dans les départements de la Gironde, des Landes et du Var à près de 500 millions d'euros. Plus de 1 800 dossiers de pertes d'exploitation ont été ouverts, pour un montant total de près de 30 millions d'euros, et ces sinistres surviennent très largement sans dommage matériel direct.

Élargir la définition du risque incendie

Ces chiffres montrent que le risque ne se limite plus à la destruction matérielle. Pour les dirigeants, le défi consiste désormais à identifier tout ce qui peut interrompre les opérations, y compris lorsque le site lui-même reste intact.

Cartographier le risque incendie à plusieurs niveaux

La première étape consiste à examiner le risque à trois niveaux : le site lui-même, son environnement immédiat et tout ce dont dépendent ses opérations. Il faut d'abord identifier ce qui pourrait être directement touché par un incendie, comme les bâtiments, les équipements, les stocks ou les ressources essentielles à la production.

Étendre l'analyse au-delà du site

Ensuite, l'analyse doit être étendue à l'environnement du site. Par exemple, un incendie dans un site voisin, une route fermée ou un périmètre d'évacuation peuvent suffire à rendre l'entreprise inaccessible, même si ses installations restent intactes. Enfin, il est nécessaire de cartographier les dépendances critiques. Il s'agit de l'eau, de l'énergie, des fournisseurs uniques, de la logistique ou de l'expertise externe.

Se préparer aux défis de l'après-incendie

Une entreprise peut respecter ses obligations en matière de sécurité incendie et se retrouver pourtant démunie une fois le sinistre maîtrisé. L'incendie peut être éteint en quelques heures, alors que pour l'entreprise, la crise ne fait peut-être que commencer. Un site peut rester inutilisable pendant plusieurs semaines en raison des mesures de sécurisation, des enquêtes sur les causes, de la préservation d'éléments utiles à l'expertise ou de contraintes judiciaires.

Anticiper une indisponibilité prolongée

Cette période d'indisponibilité reste largement sous-estimée dans les plans de continuité. Il faut donc anticiper cette durée. Quelles fonctions doivent être maintenues à tout prix ? Où installer des équipes temporaires ? Quelles activités peuvent être suspendues ? Quels clients doivent être prioritaires ?

Porter la gestion de crise au niveau du conseil d'administration

Dès lors qu'un incendie peut interrompre la production, affecter les clients et fragiliser le chiffre d'affaires, la question ne peut plus rester cantonnée à la direction QHSE ou au service sécurité. Elle devient une question de gouvernance. Le rôle du conseil d'administration n'est pas seulement d'approuver un plan, mais de s'assurer qu'il permet réellement de prendre des décisions lorsque l'activité normale disparaît.

Clarifier les responsabilités décisionnelles

Cela suppose de préciser qui est responsable, qui décide et dans quelle mesure les équipes disposent d'une autonomie de décision. Mais surtout, cela exige de tester. Un exercice pertinent pourrait, par exemple, partir d'un incendie dans un site voisin : l'usine est intacte, mais inaccessible pendant cinq jours, une partie des salariés est indisponible et un fournisseur stratégique interrompt ses livraisons.

Tester la prise de décision dans l'incertitude

Le conseil doit alors décider, sans connaître la durée exacte de la crise, quelles activités maintenir, quelles commandes prioriser, quelles ressources réaffecter et quels clients informer, bref, comment décider dans l'incertitude. L'objectif est de vérifier si l'organisation reste capable de prendre des décisions sous contrainte, avec des informations incomplètes et dans la durée.

Préparer la reprise à l'avance

La dernière étape consiste à préparer les moyens qui permettront de raccourcir la crise. Où installer la cellule de crise si les locaux sont inaccessibles ? Quels prestataires peuvent intervenir la nuit ou le week-end ? Existe-t-il un site de repli ou un sous-traitant d'urgence ? Qui détient réellement les coordonnées des bonnes personnes ?

Être prêt pour les incendies de grande ampleur

Ces questions deviennent encore plus critiques lors d'un incendie de grande ampleur, car les ressources nécessaires à la reprise peuvent rapidement être saturées. Les experts du bâtiment, de l'enlèvement des débris, du désamiantage ou des services de réparation peuvent être sollicités simultanément par plusieurs entreprises sinistrées. Il faut donc préparer à l'avance les contacts, les procédures et les solutions d'urgence.

Préserver les éléments critiques pour la reprise

La préservation des éléments utiles à l'expertise doit également être organisée afin d'éviter de retarder inutilement les enquêtes et la reprise. Les premières minutes d'un incendie relèvent de la sécurité. Les jours qui suivent relèvent de la continuité d'activité et de la gestion de crise.

Garantir la résilience de l'entreprise

Pour un dirigeant, le véritable enjeu est donc de s'assurer que l'entreprise reste capable de prendre des décisions, de servir ses clients et de maintenir ses activités essentielles lorsque ses conditions normales de fonctionnement ont disparu. La prévention incendie protège le site. La préparation à la crise protège l'entreprise.