Un morceau qui gagne une popularité inattendue

Un morceau instrumental de 2015 intitulé No Title, composé à l'origine par le producteur franco-vietnamien Nodey pour un court métrage diffusé sur YouTube, est devenu un hymne inattendu des manifestations lycéennes en France. Ce morceau, qui n'a pas de titre officiel, a été utilisé dans des vidéos, sur des pancartes et lors de cortèges par des élèves participant à des blocus dans les lycées.

L'origine du morceau

Nodey, qui vit aujourd'hui à Saïgon, a créé ce morceau en 2015 pour le film Technophobe de la personnalité de YouTube Cyprien. Le film suit un personnage qui développe une allergie à la technologie, et le morceau retrace un cheminement de la souffrance vers l'acceptation et l'espoir. La composition s'inspire de Sunday Bloody Sunday de U2 et intègre des éléments martiaux, presque guerriers.

Un écho aux mouvements actuels

Nodey, qui soutient depuis longtemps le collectif Vietnam Dioxine, lequel défend les victimes de l'agent orange, observe que les thèmes de libération et d'espoir du morceau trouvent un écho dans les mouvements étudiants actuels. Il qualifie la situation de « totalement inattendue », mais reconnaît que le morceau possède les ingrédients d'un hymne de résistance intemporel.

La récente ascension du morceau

Le morceau n'était pas disponible sur les plateformes de streaming jusqu'à récemment, lorsque des internautes, notamment sur TikTok, ont commencé à l'utiliser dans leurs vidéos. Cyprien a conseillé à Nodey de le mettre en ligne, et depuis, il a été écouté près de 300 000 fois sur YouTube et a atteint la 21e place du classement Shazam le 12 octobre.

Les manifestations étudiantes et leurs revendications

Les manifestations étudiantes, parties des territoires d'outre-mer avant de gagner la métropole, ont débuté à la mi-septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil. Nodey, qui a grandi à proximité, soutient les revendications des élèves, notamment la fin de la plateforme Parcoursup, davantage d'enseignants et la réhabilitation des établissements scolaires, en particulier dans les banlieues. Il qualifie ces revendications d'« ultralégitimes ».

Le parcours de Nodey au service de causes sociales

Nodey a un long engagement de soutien à des causes sociales par sa musique, notamment son soutien à Tran To Nga, une Franco-Vietnamienne qui se bat depuis des décennies contre Monsanto et d'autres entreprises en raison de son exposition à l'agent orange. En 2025, Nodey a organisé à Paris un événement intitulé Sinh Tô Paris, dont les recettes ont été reversées au combat judiciaire de Tran To Nga.

Un lien avec les combats passés

Vincent Nguyen, membre de Vietnam Dioxine et ami de longue date de Nodey, voit un lien entre les manifestations étudiantes actuelles et la lutte permanente contre l'héritage de l'agent orange. Il souligne le rôle des réseaux sociaux dans le militantisme moderne et l'importance de s'inspirer des méthodes de résistance de la jeunesse.

Influences culturelles et politiques

Issu d'une famille engagée, Nodey a intégré des éléments de la musique vietnamienne à son travail, traduisant son désir de « décoloniser » sa musique. Il a collaboré avec des rappeurs français de premier plan et a intégré à ses compositions des instruments traditionnels vietnamiens en bambou. Vivre au Vietnam lui a permis d'explorer davantage ces racines culturelles.

L'art comme acte politique

La position de Nodey sur la dimension politique de l'art est claire : « Tout est politique. Créer est un acte politique. » Ses propos ont été remarqués lorsque Raphaël Glucksmann a utilisé No Title dans une publication Instagram célébrant sa victoire à la primaire socialiste, et Nodey a répondu en faisant référence aux élections législatives de 2027.