Debout au milieu des souches d’une forêt de pins autrefois luxuriante du nord-ouest de l’Ukraine, Oleksandre évoque les dégâts causés par l’extraction illégale d’ambre. Ce qui était autrefois un paysage naturel riche est aujourd’hui un marais stérile, marqué par des buissons épars et les cicatrices de l’activité humaine. Oleksandre était autrefois un prospecteur clandestin, mais il a changé de voie après que le gouvernement ukrainien a lancé, en 2019, une campagne contre l’exploitation illégale d’ambre. Il travaille désormais pour une entreprise minière avec un salaire stable. Pourtant, l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 a compliqué les efforts de régulation du secteur de l’ambre, longtemps miné par la contrebande et les activités illégales. La loi martiale a suspendu les inspections et les audits environnementaux, permettant à l’extraction illégale de se poursuivre largement sans contrôle. Oleg Boguelsky, copropriétaire du groupe ukrainien Amber Galbine, estime que 60 à 70 % de l’ambre ukrainien est aujourd’hui d’origine illégale.
L’ambre est une pierre dorée formée à partir de résine fossilisée, devenue très recherchée en Chine dans les années 2000, alors que l’économie du pays connaissait une expansion rapide. La demande d’ambre a entraîné une hausse spectaculaire de sa valeur, augmentant de près de 1 000 % entre 2010 et 2015. Cette flambée a provoqué une ruée en Ukraine, où le sous-sol regorge de ce matériau précieux. Oleksandre se souvient avoir rejoint cette ruée « comme tout le monde, illégalement », alors que le contrôle de l’État était minimal. L’extraction non régulée a attiré une main-d’œuvre souvent pauvre et peu qualifiée. « Les gens venaient de presque tout le pays », raconte-t-il.
Détaillant le processus d’extraction illégale, Oleksandre explique que de l’eau sous haute pression est injectée dans le sol pour faire remonter l’ambre à la surface, où il est récupéré à l’aide de larges épuisettes. « Personne ne se souciait des plantes ou des arbres. Tout ce qui se trouvait sur leur passage était simplement abattu », dit-il à voix basse. Ivan Chvyryd, représentant de l’agence gouvernementale de protection des forêts à Volodymyrets, dans la région de Rivne, souligne que la ruée vers l’ambre a laissé derrière elle « des milliers d’hectares » de forêt détruite et un lourd bilan social. Il se souvient d’avoir visité un site d’extraction illégale où il a trouvé « 2 000 personnes en train de creuser », de tous âges. « Quand un élève de CM2 ne va pas à l’école et préfère creuser pour l’ambre… n’est-ce pas honteux ? », s’interroge-t-il.
En 2019, l’Ukraine a adopté une loi pour réguler l’extraction d’ambre, exigeant un cadastre, des méthodes d’excavation moins invasives et des programmes de reboisement. Les mineurs clandestins, en revanche, s’exposent à de lourdes sanctions, y compris des peines de prison. L’ambre brut a progressivement intégré les circuits officiels, les exportations passant de 0,61 tonne en 2020 à 88,83 tonnes en 2025, selon des données des douanes ukrainiennes obtenues par l’AFP. « Petit à petit, tout s’est calmé », se rappelle Oleksandre. Il a fini par se repentir, déclarant : « Il fallait s’occuper de la famille. »
Malgré ces efforts, des pratiques mafieuses persistent dans le secteur. Oleg Boguelsky affirme que certaines entreprises y sont revenues. « Il y a beaucoup d’opérateurs malhonnêtes, une proportion très, très grande d’exploitants qui ne respectent pas les règles », explique-t-il. Depuis 2024, 369 enquêtes ont été ouvertes en Ukraine pour extraction et détention illégales d’ambre, selon Borys Indytchenko, chef du parquet spécialisé pour l’environnement. « Les entreprises installent des clôtures et des postes de contrôle et embauchent parfois des agents de sécurité qui peuvent faire partie d’un groupe criminel organisé », précise-t-il. Un réseau clandestin a notamment été démantelé en juin 2026, dirigé par un responsable local accusé d’avoir causé environ 7 millions d’euros de dégâts environnementaux.
La guerre a aussi favorisé le retour des sociétés de sécurité privées. Selon un rapport de Intelligence Online, certaines s’équipent d’armes de guerre non enregistrées récupérées sur le front. Mykola Kotniouk, président de l’Association ukrainienne des entreprises d’ambre, reconnaît que « certains opérateurs clandestins abusent de leur position et, peut-être, en extraient illégalement ». Aujourd’hui, le secteur appelle l’État à renforcer les contrôles, estimant que les fraudeurs bénéficient d’un avantage concurrentiel. « Bien sûr, les gens auraient préféré continuer illégalement, car ils gagnaient beaucoup d’argent », murmure Oleksandre. Il tente de rendre le secteur plus attractif en proposant des formations aux jeunes mineurs et en finançant leurs études universitaires, avant de les embaucher. Malheureusement, la main-d’œuvre qualifiée est rare, car, avec la guerre, « beaucoup de gens sont partis à l’étranger », conclut-il.
L'industrie de l'ambre en Ukraine lutte contre l'exploitation illégale et les défis post-conflit
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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