Les manifestations françaises contre les réformes de l'éducation dégénèrent en violences, suscitant des inquiétudes sur un recul démocratique et les dérives de l'État.
Les étudiants interrogent le recul démocratique
Au cours d'un cours consacré aux transitions des régimes autoritaires vers la démocratie, un étudiant a posé une question sur le chemin inverse, appelé régression démocratique ou « backsliding ». Le politologue américain Nancy Bermeo souligne que les coups d'État classiques ont reculé depuis la guerre froide, remplacés par des élus qui démantèlent les contre-pouvoirs par des procédures légales.Discussions sur l'énergie et la démocratie à Taipei
Fin octobre, des discussions sur l'énergie et la démocratie se sont tenues à Taipei avec des délégués européens. Des inquiétudes concernant les manifestations en France ont été exprimées, les interlocuteurs estimant que les casseurs devaient être punis par une justice équitable. L'auteur a évoqué les manifestations françaises, où des lycéens et des syndicats se sont mobilisés, les élèves chantant la Marseillaise sous le drapeau révolutionnaire. Il s'est toutefois inquiété de la réponse de l'État, qui a privilégié l'ordre sur les libertés.Manifestations lycéennes et réponse policière à Lyon
À Lyon, des lycéens ont bloqué leurs établissements pour réclamer davantage de cours avec des enseignants, une action qui serait impensable pour n'importe quel ministre de l'Éducation nationale. L'État a répondu par des grenades et des balles de défense (LBD). Des lycéens lyonnais qui marchaient vers le rectorat ont signalé que des policiers anti-émeute les avaient encerclés dans la rue de Marseille et avaient utilisé des gaz. Plus de 5 000 personnes ont été interpellées en moins de deux semaines.Critiques de la gestion des manifestations par l'État
Quatre rapporteurs spéciaux des Nations unies ont jugé les blessures infligées à des mineurs « inacceptables et injustifiables ». Le syndicaliste policier Anthony Caillé a critiqué la réponse de l'État, qualifiant la situation de désastre pour les policiers, les manifestants et les commerçants. Il a noté qu'un LBD tiré dans une foule relève de la loterie. Emmanuel Macron a reconnu qu'il n'y avait pas assez de forces de l'ordre le 17 octobre à Marseille. À Lyon, près de 200 commerces ont été pillés ou endommagés dans la Presqu'île.Réactions politiques et parallèles historiques
Le 19 octobre, environ 300 personnes, dont des élus en écharpe, se sont rassemblées en soutien aux commerçants et aux forces de l'ordre. Libération a rapporté qu'une centaine de néonazis et de hooligans ont formé un cortège derrière un drapeau tricolore frappé d'une croix celtique, scandant « La rue, la France nous appartient ». Les forces de l'ordre ne sont pas intervenues de manière visible. Le 22 octobre, Emmanuel Macron a énoncé une doctrine consistant à proposer des itinéraires de substitution aux cortèges syndicaux pour protéger les centres-villes, et à interdire les revendications portées par des « gens qui n'ont aucune légitimité ».Contexte historique et gouvernance contemporaine
Le 23 novembre 1932, Carl Schmitt demandait aux industriels allemands un « État fort » pour une « économie saine ». Hermann Heller a qualifié ce modèle de « libéralisme autoritaire », où l'État se durcit pour protéger le marché des désordres démocratiques. À Lyon, ce modèle est entré à la mairie d'arrondissement tenue par la gauche. Raphaël Arnault, député LFI, a cofondé la Jeune Garde, un groupe antifasciste dissous par le gouvernement. Il devait présenter son livre Antifasciste à la mairie, mais le maire, Olivier Berzane, a retiré la salle en raison de craintes liées à la tenue de la réunion un jour de grève.Tensions juridiques et politiques à Lyon
Grégory Doucet, le maire, a jugé « pas raisonnable » de tenir la réunion un jour de grève et a proposé un report. Ces craintes trouvent leur origine dans la mort de Quentin Deranque et dans la prudence du maire dans les deux sens. Le Conseil d'État avait tranché un dilemme similaire en 1933, en annulant l'interdiction d'une conférence d'un polémiste d'extrême droite, estimant que la possibilité de troubles ne justifiait pas l'interdiction de l'événement. Anaïs Belouassa-Cherifi, députée LFI, a saisi le tribunal administratif de Lyon.Discours de droite et parallèles historiques
Marion Maréchal, eurodéputée d'extrême droite, a qualifié le 17 octobre d'« insurrection gauchiste raciste ». Le Monde a révélé que l'Issep, une école privée qu'elle a cofondée, lui a versé 50 000 euros en 2026 au titre de « droits à l'image ». Le sociologue Vincent Tiberj a examiné les tendances à droite, observant qu'elles sont fabriquées par les responsables politiques et les médias, créant une « atmosphère conservatrice ». L'historien Johann Chapoutot a expliqué comment les élites allemandes ont laissé Hitler accéder au pouvoir en 1933, y voyant le choix le plus raisonnable et rationnel. Si la France de 2026 n'est pas l'Allemagne de 1933, la décision du maire de Lyon d'éviter la tenue d'une réunion antifasciste un jour de grève suscite des inquiétudes. L'auteur espère un week-end calme et que les lycéens rentreront chez eux en sécurité.