Le livre de William Acker sur le racisme environnemental

Le juriste William Acker a publié un ouvrage intitulé Racisme environnemental : penser la convergence dans la lutte contre l'antitziganisme pour traiter du racisme environnemental subi par les communautés nomades de France. Acker, délégué général de l'Association nationale des gens du voyage citoyens (ANGVC), a précédemment mené une étude recensant l'emplacement des aires d'accueil pour les gens du voyage en France, constatant que 52 % d'entre elles sont situées à proximité de sources de pollution visibles. Son travail a contribué à faire évoluer le regard du public sur les communautés nomades.

Définition du racisme environnemental

Le racisme environnemental se définit comme le rapport entre une situation raciale, dans un ordre où la race a une importance juridique ou politique, et les inégalités environnementales subies par un groupe racisé. Le concept est illustré par les quartiers noirs des États-Unis, à la fois les plus pauvres et les plus pollués. Il s'applique également aux espaces postcoloniaux, comme les départements d'outre-mer, où des chercheurs ont mis en évidence le lien entre une domination raciale passée et une économie prédatrice qui continue de créer des inégalités environnementales, notamment au sujet du chlordécone, pesticide utilisé en Guadeloupe et en Martinique de 1972 à 1993.

Le racisme environnemental en France

En France, le racisme environnemental est particulièrement visible dans le contexte de l'antitziganisme. Des lois spécifiques ont historiquement visé les populations dites « bohémiennes », contribuant à la création d'espaces séparés et pollués dans les zones urbaines. Acker soutient que le fait de centrer la réflexion sur les luttes environnementales peut ouvrir de nouvelles alliances et éviter de nuire involontairement aux populations marginalisées. Il note que les mouvements écologistes ignorent parfois les questions raciales, voire les aggravent, certains groupes de résidents utilisant le droit de l'environnement pour empêcher les nomades de s'installer près d'eux.

L'incendie de Lubrizol, symbole de la résistance

L'incendie de l'usine chimique Lubrizol près de Rouen, en 2019, est devenu un symbole de la lutte contre le racisme environnemental. Si l'attention s'est d'abord portée sur les effets négatifs pour les riverains, les gens du voyage installés à proximité du site sont également entrés dans la lutte, réclamant leur relogement et mettant en lumière leurs conditions de vie. Cela a accru la prise de conscience et le soutien des habitants de la région, les communautés nomades devenant le fer de lance du mouvement.

La cellule Demeter et sa désactivation

Acker évoque également la cellule Demeter, une unité de renseignement créée au sein de la gendarmerie pour réprimer la délinquance rurale. Elle a d'abord été utilisée pour répondre aux préoccupations du lobby agro-industriel concernant les militants écologistes, les free parties et la stigmatisation des gens du voyage. La cellule a été partiellement désactivée en 2022, après avoir été jugée illégale par le tribunal administratif de Paris.

Rassembler différents groupes autour d'objectifs communs

Acker propose de réunir les revendications des défenseurs de l'habitat léger, comme ceux qui promeuvent le « vanlife », avec celles des gens du voyage, afin de combattre l'indifférence face au racisme. Cette démarche pourrait contribuer à combler le fossé entre différents groupes et favoriser des luttes communes.