La douleur, un avantage évolutif

La douleur a probablement constitué un avantage évolutif, car elle a aidé le corps à réagir rapidement face au danger ou à une blessure, et à éviter de répéter des situations nuisibles. Aujourd'hui, si la plupart des humains cherchent à éviter la douleur, d'autres consacrent leur vie à la maîtriser, en repoussant les limites de leur esprit et de leur corps.

Le documentaire de David Blaine sur la douleur et l'endurance

Le célèbre magicien David Blaine explore cette relation complexe entre la douleur et l'endurance dans une nouvelle série documentaire de National Geographic, David Blaine : Aux frontières de l'impossible. Parcourant le monde à la recherche de l'extraordinaire, il a découvert comment la performance peut repousser la peur et son influence sur notre perception de la douleur.

La douleur, une partie de la vie quotidienne

Bien que tout le monde ne se livre pas à des activités extrêmes comme jongler avec le feu ou plonger dans des lacs gelés, la douleur fait souvent partie du quotidien. « Nous avons différentes réactions, différentes émotions, différents comportements selon le contexte de la douleur », explique Gregory Scherrer, professeur associé de biologie cellulaire et de physiologie au département de neurosciences de l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill. « C'est pour cela que la douleur est subjective. »

Expériences courantes liées à la douleur

Du soin d'une carie au tatouage, en passant par le perçage d'oreilles, même les événements les plus ordinaires de la vie s'accompagnent d'un certain niveau d'inconfort attendu. Ces sensations peuvent varier selon la manière dont notre corps interprète ces signaux. Étonnamment, elles peuvent même être agréables, car la douleur intense et le plaisir sont régulés par certains circuits neuronaux communs.

Douleur et sentiment de puissance

Ce phénomène peut se manifester de plusieurs façons. On parle d'« euphorie du coureur » lorsque notre corps produit des endorphines en réponse à un exercice physique prolongé, provoquant des sensations d'euphorie temporaires qui atténuent la douleur. Ce même mécanisme biologique explique pourquoi certaines personnes aiment les aliments épicés. Bien que la douleur soit parfois difficile à supporter, la maîtriser peut procurer un sentiment de puissance, explique Anna McNuff, une autrice britannique connue pour avoir traversé à vélo tous les États américains et couru l'équivalent de quatre-vingt-dix marathons, pieds nus, à travers la Grande-Bretagne.

Une tolérance à la douleur influencée par de multiples facteurs

Les scientifiques peinent à distinguer ce qui relève de l'inné et de l'acquis pour définir la résistance naturelle à la douleur. De nombreux facteurs influencent notre tolérance quotidienne à la douleur, comme la génétique, le sexe, et même notre temps de sommeil. Les femmes, par exemple, sont plus sensibles à la douleur. Il s'agit d'un effet secondaire potentiel de la présence d'un plus grand nombre d'hormones que chez les hommes.

Tolérance à la douleur et âge

En revanche, si les hommes ont des seuils de tolérance à la douleur plus élevés, ils sont moins enclins à signaler leurs douleurs et leurs maux que les femmes. Cela pourrait s'expliquer par la manière dont la société leur apprend à ignorer leurs émotions. Des recherches supplémentaires ont mis en évidence que le seuil de tolérance à la douleur évolue avec l'âge : il augmente à mesure que nous vieillissons. Cela serait dû au fait que les jeunes, souvent guidés par la curiosité, ont moins d'expériences négatives auxquelles se référer, explique Gregory Scherrer.

La douleur chronique et ses effets

Avoir un seuil de tolérance à la douleur élevé peut parfois sembler sans effet face à la douleur chronique. Lorsque celle-ci dure plus de trois mois, elle peut entraîner de graves conséquences sur nos loisirs, notre travail et, plus largement, sur notre qualité de vie. En France, on estime que 20 millions de personnes souffrent de douleurs chroniques modérées à sévères, soit près de 30 % de la population.

Gérer la douleur chronique

Dans le monde, ce chiffre se chiffre en milliards, et de nombreux pays font face à une augmentation de la douleur et des incapacités au niveau de la population. Les thérapies fondées sur l'exercice se sont révélées être de bons outils pour combattre la douleur chronique. Certaines études ont par exemple montré que des mouvements, comme ceux pratiqués lors des séances de yoga, seraient des moyens efficaces de prévenir et de traiter des affections chroniques graves, telles que les migraines ou les lombalgies.

Spiritualité et douleur

Les gens ont également constaté que la méditation, la spiritualité et la religion les aidaient à faire face. En effet, certaines études ont montré que l'accès à des ressources spirituelles peut accroître la tolérance à la douleur chez certains patients, qu'il s'agisse de douleurs aiguës ou chroniques, même si elles atténuent peu leurs souffrances. Pourtant, la douleur n'est pas inutile. C'est un signal important qui avertit que le corps a atteint ses limites.

La douleur, un outil de croissance

Il arrive aussi que faire face à la douleur permette de se renforcer. « S'entraîner pour quelque chose relève autant de la détermination mentale que de la résistance physique », explique Anna McNuff. Dans son cas, une grande partie de sa préparation pour surmonter la douleur et accepter l'échec repose sur la compréhension de ses réactions au stress et aux blessures. « On méprise souvent le fait de se blesser pendant la préparation d'une aventure, alors que c'est l'occasion de mieux comprendre son corps », confie-t-elle. « Au final, personne ne connaît mieux votre corps que vous. Plus vous le poussez à ses limites, plus vous le testez, le titillez et le comprenez, mieux il se portera. »

La douleur et le plaisir, des sensations essentielles

En conclusion, puisque la douleur et le plaisir sont intimement liés à notre existence en tant qu'espèce sociale, Brock Bastian, professeur de psychologie à l'Université de Melbourne, estime que la vie ne serait pas aussi belle sans ces deux sensations pour la rythmer. « Dans une moindre mesure, nous recherchons constamment un défi », affirme-t-il. « Ressentir de la douleur est une part importante de la quête d'une vie heureuse et saine. »