Selon un rapport inédit de Zero Waste France, les industriels de l’emballage dépensent chaque année 2,5 millions d’euros pour influencer les pouvoirs publics en vue d’affaiblir ou d’abandonner des réglementations destinées à réduire la pollution, notamment plastique. Intitulé Le Lobbying décomplexé des fabricants d’emballages, ce document doit être publié le 8 octobre et a été consulté en avant-première par Reporterre. Le rapport souligne qu’en dépit de la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec), qui visait à réduire de 20 % les emballages plastiques à usage unique entre 2021 et 2025, la disponibilité de ces produits a en réalité augmenté. Des initiatives législatives visant à limiter la consommation de plastique, comme une taxe sur le plastique proposée en 2025, auraient été bloquées. Ces efforts de lobbying ont été mesurés et documentés pour la première fois grâce aux données du répertoire des représentants d’intérêts de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), analysées par Zero Waste France. Le rapport recense des marques privilégiant le plastique, comme L'Oréal, ainsi que des producteurs de plastique représentés par Plastalliance, Polyvia ou Elipso, et des géants du recyclage tels que Paprec, Suez ou Veolia. L'Oréal s’est opposé à l’instauration d’une nouvelle taxe sur le plastique, arguant qu’elle ferait double emploi avec les mécanismes existants de responsabilité élargie du producteur (REP). La taxe a finalement été abandonnée, marquant une victoire du lobby du plastique en 2025 et n’apparaissant pas dans le projet de loi de finances pour 2027. Le lobby du plastique minimise les dangers environnementaux du matériau à travers des structures comme Plastalliance, Polyvia et Elipso, actives au Parlement. Ces groupes ont déclaré à la HATVP de nombreuses actions d’influence destinées à préserver le « droit à polluer » de leurs adhérents. Ils bénéficient du soutien de parlementaires, à l’image du sénateur Vincent Louault, qui affirme que la France ne contribue pas à la pollution des océans et que l’intelligence artificielle confirmerait l’Europe comme le continent le moins polluant. Zero Waste France rappelle que la France produit deux fois plus de déchets que la moyenne mondiale et a exporté 800 000 tonnes de déchets plastiques en 2021. Vincent Louault a déjà été associé à la diffusion d’informations trompeuses, comme en témoigne sa défense passée de l’acétamipride. Malgré cela, il conteste les risques sanitaires liés aux microplastiques, bien que des études en détectent dans des organes humains. La fédération Plastalliance a utilisé en 2026 le slogan « Le plastique, c’est fantastique », et son secrétaire général, Joseph Tayefeh, indique que l’organisation échange principalement avec des parlementaires centristes, de droite et d’extrême droite. Polyvia, principale organisation professionnelle de l’industrie française du plastique, a déclaré avoir dépensé 545 000 euros en lobbying en 2025, un montant qui s’ajoute aux 2,5 millions d’euros révélés par l’ONG. Xavier Chastel, directeur général de Polyvia, reconnaît des échanges avec le cabinet du ministre de l’Écologie et des parlementaires. Zero Waste France a estimé ces budgets de lobbying en analysant la part des activités liées à l’emballage dans les budgets totaux déclarés par 34 acteurs, aboutissant au total de 2,5 millions d’euros dépensés par ces derniers pour influencer les décideurs publics.