L'Europe impose 15 % de plastique recyclé dans les voitures neuves d'ici 2032, poussant les constructeurs automobiles à adopter les pratiques de l'économie circulaire.
La consommation de plastique dans les véhicules est élevée
Chaque année, l'industrie automobile consomme plusieurs millions de tonnes de plastique. En moyenne, une voiture moderne est composée de 15 à 20 % de plastique en poids, soit entre 210 kg et 240 kg.Une nouvelle réglementation européenne cible le plastique recyclé
Le 18 juin 2026, le Parlement européen a adopté un nouveau règlement sur la gestion des véhicules hors d'usage (VHU) et leur recyclage, par 437 voix pour, 112 contre et 20 abstentions. Publié au Journal officiel de l'Union européenne le 24 juillet 2026, le règlement fixe des objectifs contraignants concernant la part de plastique recyclé dans les véhicules neufs.Des objectifs de plastique recyclé fixés pour les véhicules futurs
Ceux-ci devront intégrer au moins 15 % de plastique recyclé issu des « déchets post-consommation » six ans après l'entrée en vigueur du texte, un taux qui devra ensuite atteindre 25 % au bout de dix ans. Cela correspond aux nouveaux types de véhicules certifiés à partir du 1er septembre 2032 pour le premier seuil, puis à partir du 1er septembre 2036 pour le second. Au moins 20 % de l'objectif de plastique recyclé devra provenir de véhicules hors d'usage.Recycler le plastique des voitures est plus complexe que le métal
Sophie Schmidtlin, directrice technologie de The Future is Neutral, une entité du groupe Renault consacrée à l'économie circulaire, a souligné qu'à la différence des années 1970, où les petites voitures étaient principalement composées d'acier et d'aluminium, le recyclage du plastique est un processus complexe. Elle a expliqué que les voitures actuelles ont pris du poids, poussant les constructeurs à les alléger en intégrant davantage de plastiques de différents types, notamment des mélanges, plus difficiles à recycler que le métal.L'industrie adopte de nouvelles initiatives de recyclage
Les nouvelles règles ont été bien accueillies par l'industrie automobile, Renault ayant créé The Future is Neutral en octobre 2022 et Stellantis SUSTAINera en novembre 2023. Ces entités comprennent des entreprises comme Gaia et Galloo Plastics, spécialisées dans le recyclage des matières plastiques. Les constructeurs associent leur démarche à leurs fournisseurs, un maillon essentiel de l'économie circulaire.Les efforts de recyclage incluent de nouveaux matériaux et objectifs
Forvia a créé Materi'Act en 2022, dont l'objectif est de commercialiser des matières plastiques durables, recyclées et biosourcées afin de réduire les émissions de carbone de 85 % par rapport au plastique vierge. Élise Moreau, présidente de Materi'Act, a expliqué que si le règlement leur permettra d'accélérer sur le sujet, ils avaient plaidé pour des objectifs plus ambitieux, visant à intégrer directement 25 % de plastique recyclé dès le départ, car ils savent techniquement le faire.Les taux de recyclage des plastiques automobiles sont faibles
Selon les analyses de la Commission européenne menées en 2022 et 2023, les plastiques automobiles affichaient des taux de recyclage inférieurs à 10 % en raison de la complexité des pièces d'intérieur. Une étude de l'Ademe a relevé que les plastiques recyclés représentent moins de 10 % des matériaux utilisés dans les véhicules. Toutefois, OPmobility se penche sur le sujet depuis longtemps.Les premiers essais de plastique recyclé dans les véhicules
Au début des années 2010, le fournisseur a fabriqué pour un client un pare-chocs en plastique recyclé, mais celui-ci « n'a pas trouvé son public », selon David Meneses, directeur des ressources humaines et du développement durable du fournisseur. À l'époque, il n'existait aucune réglementation spécifique, et l'intérêt était de démontrer sa capacité à être un acteur responsable, le plastique recyclé étant par ailleurs plus cher que le plastique vierge.L'industrie a besoin de temps pour s'adapter aux nouvelles règles
Sophie Schmidtlin a souligné que le règlement a été bien formulé pour lancer la dynamique de l'industrie, mais que les constructeurs doivent intégrer cet horizon et ne pas attendre le dernier moment, car le secteur doit s'organiser et cela demande du temps. Renault, dans son plan FutuREady, s'est fixé pour objectif d'incorporer 30 % de matériaux recyclés sur l'ensemble de sa gamme.Les constructeurs fixent des objectifs variés en matière de matériaux recyclés
Des concepts comme la Scenic Vision et la Twingo E-Tech intègrent déjà jusqu'à 30 % et 50 % de matériaux recyclés et biosourcés. Toyota vise une part de 30 %, et Stellantis de 35 % de matériaux recyclés. Les groupes allemands Volkswagen, Mercedes-Benz, BMW et Audi misent sur 40 % de matériaux circulaires entre 2030 et 2040.L'usage du plastique recyclé reste limité dans les véhicules actuels
Toutefois, seuls 3 % en moyenne des plastiques présents dans les véhicules en 2026 proviennent du recyclage de véhicules hors d'usage. Sophie Schmidtlin a expliqué que l'utilisation de plastique recyclé n'est pas compliquée, mais que l'industrie ne fait que commencer, ce qui se traduit dans les volumes collectés.Les types de plastiques dans les véhicules sont très variés
En moyenne, 30 à 40 % des plastiques présents dans une voiture sont du polypropylène (PP), que l'on retrouve dans les pare-chocs, les tableaux de bord, les garnitures de portières ou les passages de roues. Le deuxième matériau plastique présent dans les véhicules est le polyuréthane, entre 15 et 20 % (mousses de sièges, appuie-têtes ou mousses acoustiques). Le PVC, l'ABS (un type de polymère) et les polyamides représentent chacun une part comprise entre 5 et 15 %.Les recycleurs font face aux défis posés par la multiplicité des plastiques
Au total, plus de treize types de plastiques différents composent une voiture, ce qui complique la tâche des recycleurs. Élise Moreau a relevé qu'aujourd'hui, les fournisseurs se concentrent sur le traitement du PP sans négliger pour autant les autres plastiques. Elle a affirmé qu'ils sont désormais capables de recycler l'ensemble des plastiques, et que le défi actuel porte sur la matière première : trouver les bonnes sources.Les recycleurs s'appuient sur une filière structurée et sur le tri
D'où l'importance, pour les fournisseurs, de travailler avec Gaia ou Galloo Plastics. Pour exploiter les volumes nécessaires, les entreprises sont parfois contraintes de se tourner vers la « poubelle jaune », mais là encore, un tri doit être effectué pour répondre aux exigences spécifiques de l'industrie automobile.Les défis de coûts pour le plastique recyclé
Sophie Schmidtlin a indiqué que le règlement pourrait aussi avoir un effet sur les coûts. La demande de plastique recyclé de la part des constructeurs devrait augmenter avec un changement d'échelle en matière d'industrialisation, ce qui permettra d'améliorer les coûts. L'autre défi consiste à proposer un produit à un prix qui ne soit pas prohibitif pour les constructeurs.La concurrence entre plastiques recyclés et vierges
Les spécialistes du recyclage des plastiques se retrouvent ainsi en concurrence avec les producteurs de plastique vierge. Le prix du baril de pétrole joue le rôle d'arbitre. Ces trois dernières années, le prix du baril a été particulièrement bas, ce qui a favorisé le plastique vierge. Toutefois, la tendance s'est récemment inversée.Le plastique recyclé est moins cher mais nécessite une valeur ajoutée
Élise Moreau a noté que le plastique recyclé est moins cher que le plastique vierge, mais que la manière de le formuler pour atteindre le même niveau de performance reste coûteuse, car il faut lui apporter de la valeur ajoutée. Le texte européen n'impose pas seulement un taux de matériaux recyclés. Le règlement agit aussi en amont, dès la conception des véhicules.Des modifications de conception pour favoriser le recyclage
Les pièces et composants devront être démontés plus facilement afin de favoriser leur réutilisation, leur remise en état et surtout leur recyclage. À partir du 1er septembre 2032, les nouveaux types de véhicules devront être conçus pour être réutilisables ou recyclables à au moins 85 % de leur masse, et réutilisables ou valorisables à au moins 95 %.Les constructeurs devront suivre les matériaux dans les chaînes d'approvisionnement
Les constructeurs devront collecter davantage de données sur les matériaux utilisés et garantir leur traçabilité au sein de la chaîne d'approvisionnement. David Meneses a relevé que la conception conditionne les spécifications, ce qu'ils appellent la « nomenclature ». Les constructeurs analysent ligne par ligne les risques en cas de changement de matériau et évaluent ce que cela leur coûte.La collaboration aide à respecter les nouvelles réglementations
Un dialogue s'engage donc autour de ce nouveau règlement, qui se présente pour eux comme une opportunité. Comme d'autres fournisseurs, OPmobility travaille avec ses clients constructeurs pour développer des produits limitant le nombre de matières premières dans un produit.Des produits innovants pour accroître la recyclabilité
Par exemple, pour un hayon classique composé de matériaux différents, la recyclabilité n'est que de 15 %. OPmobility a développé un concept de hayon baptisé « Green Gate », qui limite le nombre de matériaux et permet d'atteindre un taux de recyclabilité de 99 %. The Future is Neutral travaille avec les constructeurs pour élaborer des catalogues de matériaux intégrant du plastique recyclé.