Un sondage révèle le scepticisme du public envers la littérature écrite par l'IA

Un sondage réalisé par l'institut Ipsos bva – l'école d'ingénieurs CESI entre le 9 et le 12 octobre 2026, auprès de 1 000 Français âgés de 18 à 75 ans, révèle que 69 % des personnes interrogées estiment qu'un texte écrit par une intelligence artificielle n'est pas de la véritable littérature. Ce sondage, publié le 28 octobre 2026, intervient alors que le débat est vif sur la question de savoir si un livre écrit avec l'IA peut encore être considéré comme de la littérature.

Le public réclame un étiquetage clair de l'usage de l'IA

Selon ce sondage, 92 % des personnes interrogées estiment que tout recours à l'intelligence artificielle dans la rédaction d'un livre devrait être clairement indiqué sur sa couverture. Ces résultats ont été dévoilés à quelques jours du prix Goncourt, dans le sillage de l'affaire Thélyson Orélien, qui soulève des interrogations chez les éditeurs et les jurys littéraires.

La polémique autour d'un roman primé

La controverse a débuté avec le roman C'était ça ou mourir, publié par Grasset le 19 août et récompensé par le prix Fnac le 21 septembre. Le livre s'est rapidement retrouvé au centre d'accusations de plagiat et de soupçons concernant l'usage de l'intelligence artificielle. Le 25 septembre, l'Académie Goncourt a retiré le roman de sa sélection, tandis que le prix Femina l'a ensuite écarté, et que le prix Renaudot a décidé de le maintenir.

Un éditeur met fin à sa collaboration sur fond de doutes liés à l'IA

La polémique a pris une autre dimension le 21 octobre, lorsque les éditions Boréal, maison d'édition québécoise, ont annoncé qu'elles mettraient fin à leur collaboration avec Thélyson Orélien à la suite d'une analyse externe ayant révélé des traces associées à l'intelligence artificielle dans les métadonnées de certains documents. L'éditeur considère que le recours à cette technologie est établi, mais les éléments rendus publics ne permettent pas de déterminer précisément son ampleur.

L'opinion publique face à l'exclusion des livres soupçonnés d'avoir été écrits par IA

Le sondage montre également que 46 % des personnes interrogées estiment qu'un livre simplement soupçonné d'avoir été écrit avec l'IA devrait être retiré des sélections des prix littéraires. Cette position soulève une difficulté : sur quels éléments un jury peut-il écarter un roman, et comment éviter qu'un soupçon insuffisamment étayé ne devienne une condamnation publique ?

Une majorité accepte une littérature assistée par l'IA avec une intervention humaine

Le sondage souligne qu'une majorité de personnes interrogées, 55 %, admettent qu'un livre peut être considéré comme de la littérature si « l'humain reste l'auteur principal ». Cette distinction mérite d'être soulignée, car elle sépare l'usage d'un outil au cours du processus créatif de la délégation de l'écriture elle-même. Demander une traduction, vérifier des informations ou corriger une formulation ne représente pas nécessairement le même travail que demander à un logiciel de produire plusieurs chapitres.

Un public partagé sur la littérature produite par l'IA

La question de la frontière entre ces pratiques reste complexe, d'autant que la transparence, pourtant largement réclamée, ne suffit pas à convaincre les lecteurs de la valeur littéraire d'une production. Seuls 40 % des personnes interrogées adhèrent à l'idée qu'un livre créé avec l'IA peut être considéré comme de la littérature si cet usage est déclaré. Près de la moitié, soit 49 %, expriment leur désaccord. Quant à l'idée de considérer ces textes comme « une nouvelle forme de littérature à part entière », seuls 32 % des participants y sont favorables.

La déception du public si une IA avait écrit un roman apprécié

L'étude révèle aussi une situation éclairante : la découverte qu'un roman particulièrement apprécié a été entièrement écrit par une intelligence artificielle. Dans ce cas, 62 % des personnes interrogées se diraient déçues ou trompées, tandis que 27 % affirment que cela ne changerait pas leur jugement. Ainsi, un texte ne serait pas toujours apprécié indépendamment de son origine. Pour une partie du public, le lien avec l'auteur, son expérience et sa manière de raconter une histoire reste indissociable du plaisir de lecture.

Le public préfère un étiquetage clair aux outils de détection

Parmi les mesures proposées, 66 % des personnes interrogées privilégient la mention obligatoire « écrit avec l'IA » sur les œuvres concernées, devant une charte éditoriale ou le développement d'outils de détection indépendants. Il faudrait toutefois définir ce que recouvrirait cette mention. Une correction automatisée, une recherche documentaire ou la génération de plusieurs centaines de pages ne constituent pas des interventions équivalentes.

Les éditeurs vont recourir à des logiciels de détection de l'IA

Le groupe Madrigall, qui comprend Gallimard et plusieurs maisons du groupe, entend renforcer sa vigilance. Selon des informations rapportées par ActuaLitté le 24 octobre, ces éditeurs soumettront les manuscrits à un logiciel de détection à partir de janvier 2027. Ce dispositif concernera notamment Flammarion, Denoël, P.O.L et Minuit. Les modalités de traitement des résultats restent à préciser, car ces logiciels n'offrent pas de certitudes.

Les limites des outils de détection actuels

L'exemple de Je, de Lilia Hassaine, publié par Gallimard, illustre ces limites. Soumis par ActuaLitté au détecteur Pangram, le roman a obtenu un score de 21 % de contenu supposément généré par une IA. L'autrice a ensuite avancé un résultat de 10 %, selon elle issu d'analyses menées par Gallimard et par elle-même. Aucun de ces pourcentages ne démontre qu'une partie du livre a été produite artificiellement. La prudence est donc de mise, d'autant que de telles évaluations risquent de compromettre une publication ou de nuire à la réputation d'un auteur.

Les professionnels appellent à davantage de transparence dans toute la chaîne du livre

Les professionnels réclament également plus de transparence. La rédaction des romans ne constitue qu'une partie du problème. L'intelligence artificielle intervient désormais à différentes étapes de la fabrication du livre, de l'illustration à la traduction, parfois sans que le lecteur en soit informé. Les traducteurs littéraires réfléchissent à ces pratiques depuis plusieurs années. Dès mars 2023, l'Association des traducteurs littéraires de France (ATLF) et ATLAS ont appelé à une plus grande transparence concernant les systèmes automatisés utilisés par les maisons d'édition.

Droits et conditions de travail en question

L'enjeu dépasse l'information du public : il concerne les conditions de travail, la rémunération et la reconnaissance des professionnels lorsque leur activité risque d'être réduite à la relecture d'un texte produit par une machine. Un autre front de mobilisation porte sur l'utilisation d'œuvres protégées pour entraîner des modèles. En mai 2026, 81 organisations des secteurs culturel, créatif et de la presse ont demandé aux législateurs d'examiner une proposition de loi adoptée par le Sénat visant à faciliter la défense des titulaires de droits face aux fournisseurs d'IA. Ces organisations plaident pour une autorisation préalable, la transparence des usages et une rémunération négociée.

Les résultats du sondage rejoignent des tendances internationales

La méfiance exprimée dans le sondage n'est pas absolue. Les résultats français rejoignent ceux d'une enquête américaine récente relayée par ActuaLitté. Aux États-Unis, 85 % des 5 025 acheteurs de livres interrogés souhaitaient être informés lorsque l'intelligence artificielle avait participé à l'écriture d'un livre. Les méthodologies et les populations étudiées étant différentes, les proportions ne peuvent pas être comparées directement. Elles traduisent néanmoins une préoccupation qui dépasse le seul marché français.

Des précédents qui témoignent d'un contrôle croissant de l'IA dans l'édition

Les précédents éditoriaux ne manquent pas. En mars 2026, le groupe Hachette Book Group a renoncé à publier Shy Girl, de Mia Ballard, aux États-Unis, et a interrompu sa commercialisation au Royaume-Uni, après des soupçons concernant l'usage de l'IA dans ce roman d'horreur. L'autrice a contesté avoir elle-même eu recours à cet outil pour l'écrire, évoquant l'intervention d'une personne chargée de travailler sur une version antérieure.

Une demande de clarté avant les grands prix littéraires

En France, l'affaire Thélyson Orélien a désormais donné à cette question une nouvelle visibilité. Les jurys littéraires ont été contraints de prendre position, les éditeurs commencent à renforcer leurs contrôles, et le sondage Ipsos bva révèle une attente particulièrement forte du public. La mention sur la couverture ne résoudrait pas tout. Il faudrait distinguer les interventions techniques du travail créatif proprement dit, et mettre en place des vérifications suffisamment fiables pour ne pas pénaliser les auteurs. Mais à quelques jours de la remise du prix Goncourt, un constat s'impose : si la machine peut participer à l'écriture, les personnes interrogées veulent savoir dans quelle mesure elle l'a fait. Il revient désormais aux professionnels de trouver la manière de fournir cette information sans faire de chaque manuscrit un objet de suspicion.