Polémique sur l'usage de l'IA dans un roman

Le romancier haïtano-canadien Thélyson Orélien a suscité un débat sur la place de l'intelligence artificielle dans la littérature, après que son roman C'était ça ou mourir a été accusé d'avoir été largement généré par l'IA. Ce roman, qui raconte le parcours d'un réfugié haïtien vers le Canada, a remporté le prix Fnac du roman en septembre 2026, avant le début de la controverse.

Accusations et réponse de l'éditeur

Un compte anonyme intitulé « Balance ton Claude » a affirmé que le roman avait été presque entièrement produit par l'IA, en s'appuyant sur le détecteur Pangram. L'Académie Goncourt a ensuite retiré le livre de sa sélection, invoquant l'usage de l'IA et le plagiat. Orélien a nié avoir eu recours à l'IA, mais a reconnu avoir commis du plagiat par le passé. Son éditeur, Boréal, a ensuite découvert des balises liées à l'IA dans les métadonnées de certains fichiers et a mis fin à sa collaboration avec l'auteur.

Résultats du test Pangram

Le roman a été soumis à l'outil Pangram par La Presse, qui lui a attribué un score de 94 %, tandis que le livre de 2006 du romancier québécois Bryan Perro a obtenu 73 %. Ces résultats suggèrent qu'un livre écrit avant l'IA peut tout de même obtenir un score élevé, mais la fiabilité du test reste discutable.

Questions clés soulevées par l'affaire

La controverse soulève trois grandes questions : savoir si les phrases ont été écrites par une machine, si le recours à l'IA aurait dû être déclaré, et si les critères qu'un écrivain utilise pour juger son propre travail lui appartiennent véritablement. La dernière question est considérée comme la plus complexe, car elle touche à la manière dont se forment les exigences d'un auteur et à la question de savoir si elles sont réellement déterminées par lui-même.

L'influence de l'IA sur l'indépendance des écrivains

L'article examine comment l'IA pourrait affecter l'indépendance intellectuelle d'un écrivain en influençant son jugement. Si un auteur reçoit des conseils similaires de plusieurs sources, y compris de l'IA, ceux-ci peuvent paraître crédibles, même si ces conseils proviennent d'une source commune unique. Cela pourrait miner la capacité de l'écrivain à évaluer son travail de manière indépendante.

Prédictions et discrimination raciale

L'essayiste Samuel Fitoussi, qui a par la suite admis être à l'origine du compte accusateur, a prédit que les auteurs établis bénéficieraient d'une présomption d'authenticité, tandis que les inconnus seraient soumis à la suspicion. Cette prédiction s'est rapidement vérifiée dans le cas d'un romancier français inconnu qui publiait son premier livre. Il est toutefois essentiel de distinguer les critiques légitimes portant sur le manuscrit du harcèlement raciste dont Orélien dit avoir été victime.

Limites des outils de détection de l'IA

L'article conclut que, si les outils de détection de l'IA peuvent fournir des indices sur l'origine d'un texte, ils ne permettent pas de déterminer si les critères de jugement de l'auteur ont réellement été forgés par son propre processus. Cela vaut tout autant pour ceux qui accusent autrui d'avoir recouru à l'IA, car leurs propres normes d'originalité et d'authenticité ont elles aussi une histoire.