Un groupe de cybercriminels connu sous le nom de ShinyHunters affirme avoir piraté le FBI et divulgué des millions de données sensibles via le portail d’emploi de l’agence, FBIJobs.gov. Selon les informations rapportées, ces données incluraient les noms, adresses, numéros de téléphone de nombreux agents et de leurs conjoints, ainsi que leurs affectations, y compris celles au sein de l’unité secrète de hackers du FBI. Si cette fuite était confirmée, elle pourrait représenter une « catastrophe pour le contre-espionnage », selon Justin Sherman, professeur à l’université de Georgetown et expert en sécurité nationale américaine. Des milliers d’agents pourraient ainsi être exposés à des risques de profilage, d’hameçonnage ou de sollicitations par des services de renseignement étrangers. Cette fuite pourrait également annoncer d’autres fuites, car les données volées sont souvent revendues ou échangées sur le dark web. Le suivi de ces activités permet d’anticiper d’éventuels nouveaux cyberattaques. Les cybercriminels privilégient souvent les attaques utilisant des identifiants valides plutôt que de devoir contourner des mesures de sécurité multiples, comme les pare-feu, les antivirus, l’authentification multifactorielle ou les mots de passe robustes. Cette méthode est plus rapide et laisse moins de traces. Ces identifiants sont fréquemment volés par des infostealers, des logiciels malveillants conçus pour subtiliser discrètement les mots de passe, les données de remplissage automatique ou les cookies d’un navigateur. Il suffit d’un clic sur un lien malveillant pour les installer. L’ordinateur infecté n’a pas besoin d’appartenir à l’entreprise visée, car ceux de certains fournisseurs ou prestataires offrent les mêmes points d’entrée. Selon Fortinet, 1,7 milliard d’identifiants volés ont été partagés sur des forums clandestins en 2024, et le nombre de logs issus d’infostealers détectés sur ces plateformes a augmenté de 79 % l’année suivante. Le dark web n’est pas une zone interdite, et son accès est autorisé en France, via des navigateurs spécialisés comme Tor. Il abrite à la fois des activités illégales et légales. On y échange notamment des données volées, souvent à des prix abordables. Une carte de crédit peut y être trouvée pour seulement 5 euros, des identifiants de compte bancaire entre 35 et 65 euros, et un compte de cryptomonnaie vérifié pour quelques centaines d’euros. Cela reste à peine plus cher que le coût d’une attaque par déni de service distribué (DDoS), disponible à partir de 20 euros sur le dark web. Avant d’être lancée, une cyberattaque est préparée, et des signaux faibles sont visibles sur le dark web. Les identifiants de l’entreprise qui sera ciblée – ou de ses fournisseurs – réapparaissent, et l’accès à son réseau est proposé à la vente. Pour les professionnels capables de les interpréter, ces indicateurs constituent autant d’alertes annonçant une attaque imminente. Une fois repérés par des outils de surveillance des menaces cybernétiques qui scrutent le dark web, ainsi que par des analystes dédiés, ces signaux permettent d’avertir l’entreprise concernée, qui doit alors agir rapidement en changeant les mots de passe, en fermant les sessions ouvertes et en alertant les fournisseurs concernés des vulnérabilités identifiées. Alors que les organisations les mieux protégées au monde sont piratées et que les derniers modèles de grands modèles de langage posent de nouvelles menaces pour les données, une simple surveillance du dark web peut s’avérer plus efficace et bien plus économique qu’on ne pourrait l’imaginer.