À l’arrière d’un garage, près de l’établi, un indicateur de niveau affiche un demi-réservoir de carburant. Cet automne, l’aiguille s’y fige souvent. Le fioul domestique coûte désormais environ 1,85 euro le litre, soit une hausse de plus de 60 % depuis janvier. Remplir une cuve de 1 000 litres revient à près de 1 900 euros, ce qui pousse beaucoup à ne commander que 500 litres à la fois, en plusieurs fois, en attendant de voir ce qui se passera en février. Les distributeurs de fioul ont constaté cette tendance, décrivant une chute significative des commandes. Si le geste peut paraître anodin, il constitue l’un des indicateurs sociaux les plus fiables du pays. Le réservoir de fioul raconte, en somme, une histoire que les ménages hésitent encore à avouer dans les enquêtes.
Selon l’Insee, l’institut national de la statistique, 2,6 millions de résidences principales sont encore chauffées au fioul, soit 8,5 % du parc immobilier. Cette moyenne masque, cependant, de fortes disparités régionales. Le fioul équipe 16,7 % des logements ruraux, contre seulement 3,5 % dans les villes densément peuplées. Dans de nombreuses communes rurales du Massif central, des Alpes ou du Nord, la part des logements chauffés au fioul dépasse les 30 %. En Lozère, où les réseaux de gaz sont quasi inexistants, plus d’un logement sur trois dépend encore du fioul.
Le profil des utilisateurs de fioul est bien connu. Il s’agit souvent de propriétaires de longue date, majoritairement âgés. En 2022, les personnes de 75 ans ou plus représentaient 30 % des usagers du fioul. Leurs habitations sont généralement grandes, anciennes et mal isolées. Plus de la moitié possèdent un label énergétique E, F ou G, signe d’une efficacité énergétique très faible. En 2021, l’Insee estimait que la facture annuelle moyenne de chauffage de ces ménages s’élevait à 2 900 euros, contre 1 700 euros pour les autres. Près de la moitié de ces foyers étaient déjà en situation de vulnérabilité énergétique avant la flambée actuelle des prix.
La dépendance au fioul est un paradoxe historique. En 1973, la moitié des logements français étaient chauffés au fioul, symbole de modernité dans l’ère des « Trente Glorieuses », marquant la fin du chauffage au charbon et au bois. Cinquante ans plus tard, ce progrès s’est transformé en fardeau. Ceux qui avaient adopté le fioul comme un confort moderne sont aujourd’hui les derniers à pouvoir s’en passer. Beaucoup sont prisonniers d’un système dépassé, mais l’État a agi. Depuis juillet 2022, l’installation de nouvelles chaudières au fioul est interdite, sauf exceptions rares. Les aides financières pour basculer vers des systèmes de chauffage plus modernes ont été renforcées. Entre 2006 et 2022, le nombre de logements chauffés au fioul a presque été divisé par deux. Toutefois, le déclin a été plus marqué dans les zones à forte croissance démographique et à l’activité construction et déménagement soutenue. Dans des départements comme la Creuse, le Cantal ou la Haute-Marne, la baisse a été bien plus lente, les changements de mode de chauffage s’opérant davantage par héritage que par installation neuve.
Passer à un autre système de chauffage exige deux ressources que ces ménages ne possèdent pas toujours : l’argent et le temps. À 80 ans, dans une maison devenue trop grande et où seuls deux pièces sont chauffées, le calcul est simple. Beaucoup choisissent de conserver leur ancienne chaudière et de surveiller de près l’indicateur de niveau. Ces foyers n’ont aucune marge de manœuvre financière. Le chèque fioul de l’hiver 2022, qui avait apporté un soulagement temporaire, n’a pas été reconduit, et seul le chèque énergie classique subsiste. Fin septembre, le gouvernement a renouvelé son aide pour les automobilistes gros rouleurs, mais aucune mesure similaire n’existe pour les utilisateurs de fioul à ce stade.
Ces ménages subissent de plein fouet un marché perturbé par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les incertitudes sur le transport fluvial sur le Rhin. Pour eux, la géopolitique n’est pas une actualité – c’est une ligne de plus sur leur relevé bancaire. La France, cependant, a conscience du coût de l’abandon de ces territoires. La colère de 2018 était née d’une hausse des taxes sur les carburants, où la voiture est un impératif. Le réservoir de fioul fonctionne selon la même logique de dépendance. Il est simplement plus discret, souvent caché au fond d’un jardin ou dans une cave. Le thermomètre est donc présent dans plus de deux millions de foyers, mesurant la température d’un pays qui se chauffe sans réseau et sans filet de sécurité. Reste à savoir si quelqu’un à Paris y prêtera attention avant l’hiver.
La dépendance au fioul dans les zones rurales de France révèle une vulnérabilité énergétique
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche



