Les véhicules utilitaires sport, ou SUV, sont devenus le type de voiture le plus populaire en France. En 2025, ils représentaient 52 % des ventes de voitures neuves, et à la fin de cette même année, ils constituaient 27 % du parc automobile total. Les experts qualifient cette tendance de « SUV-isation », un phénomène qui a entraîné une augmentation du poids moyen des véhicules vendus dans l’Hexagone. Depuis 2009, le poids moyen des voitures neuves a progressé de 90 kg, atteignant près de 1 400 kg. Cela reste bien plus lourd que la moyenne de 778 kg enregistrée en 1960. Les SUV sont généralement moins aérodynamiques et plus lourds que les voitures traditionnelles, ce qui se traduit par une consommation de carburant plus élevée – entre 20 % et 25 % supérieure à celle des véhicules classiques. Cette surconsommation contribue de manière significative aux émissions de carbone. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les SUV constituent depuis 2010 la deuxième source d’émissions mondiales de CO₂, juste derrière le secteur énergétique. En France, le Haut Conseil pour le climat (HCC) a souligné que l’augmentation du poids des véhicules a limité les bénéfices liés à l’amélioration de l’efficacité énergétique des voitures neuves. Cette situation complique la réalisation des objectifs climatiques de la France. L’essor des SUV influence également les avantages environnementaux des véhicules électriques. En effet, des véhicules plus lourds nécessitent des batteries plus grandes, ce qui peut réduire leur autonomie et augmenter la fréquence des recharges. Des institutions publiques comme le HCC et l’Ademe insistent sur le fait que l’empreinte carbone des véhicules électriques augmente presque proportionnellement à leur poids, encourageant ainsi le choix de modèles plus petits et légers. Les SUV sont également associés à des risques accrus pour la sécurité des piétons, en particulier des enfants. Des études montrent que le risque de décès pour un piéton heurté par un SUV est deux fois plus élevé que s’il est percuté par une voiture classique. Les enfants présentent jusqu’à 82 % de risques supplémentaires de mourir dans ce type de collision. Le Cerema et l’Observatoire national de la sécurité routière ont confirmé que les accidents impliquant des SUV sont plus susceptibles d’être mortels pour les usagers vulnérables de la route, comme les piétons et les cyclistes, tandis que les occupants des SUV ont plus de chances de survivre. La taille plus importante des SUV rend également le stationnement en milieu urbain plus difficile, comme l’a souligné une étude de Transport & Environment. Les SUV sont généralement plus chers que les voitures traditionnelles, un écart de prix souvent lié à la stratégie des constructeurs, qui misent sur ce segment. Cette tendance pourrait avoir des répercussions à long terme sur la population, car l’augmentation des coûts des véhicules neufs pourrait faire grimper les prix sur le marché de l’occasion. Associé à la hausse des prix du carburant, notamment dans les zones rurales, cela pourrait peser sur le budget des ménages. Une étude de l’Insee a révélé qu’en 2021, plus de 2 millions de foyers français ont dépensé l’équivalent d’un mois de revenus en carburant. La domination des SUV est aussi liée à des stratégies marketing agressives, comme l’utilisation de la location longue durée et la cible des clients professionnels grâce à des avantages fiscaux. Des experts estiment que la focalisation de l’industrie automobile sur les SUV a ralenti ses efforts pour réduire les émissions de carbone. Le HCC a indiqué que la production de véhicules plus lourds, aux marges bénéficiaires plus élevées, a rendu le secteur plus vulnérable aux pénalités pour émissions. La France a milité pour un assouplissement des normes européennes en matière d’émissions, ce qui pourrait freiner le développement des véhicules électriques et accroître la pollution. Pour contrer la montée en puissance des SUV, des exemples au Japon et en Norvège montrent que des incitations fiscales ciblées peuvent encourager l’achat de véhicules plus petits et plus efficaces. Au Japon, les avantages fiscaux accordés aux petites voitures ont permis une baisse significative des émissions liées au transport. En Norvège, le taux élevé d’adoption des véhicules électriques s’explique en partie par des politiques fiscales favorables. En France, les taxes actuelles sur les véhicules lourds et émetteurs de CO₂ sont jugées trop faibles, puisque seulement 5 % du parc automobile est soumis à une taxe basée sur le poids. Les appels à augmenter ces taxes et à mettre en place des mesures plus progressives se multiplient, certaines collectivités locales ayant déjà instauré des tarifs de stationnement plus élevés pour les véhicules de grande taille. L’avenir de la taxe basée sur les émissions de CO₂ dépendra des prochaines lois de finances en France, où la pression politique de l’industrie automobile pourrait ralentir l’adoption de réglementations environnementales plus strictes. D’autres mesures envisagées incluent l’extension de la location sociale pour les petites voitures électriques et la limitation de la publicité pour les véhicules à forte émission, bien que ces propositions aient rencontré une certaine résistance. Le marketing des SUV associe souvent ces véhicules à la nature et à l’aventure, un contraste frappant avec leur impact environnemental négatif, soulevant la question de l’adéquation entre les valeurs des consommateurs et les objectifs écologiques.