Les syndicats étudiants français réclament des réformes urgentes, dont la rénovation des écoles et la fin des algorithmes de sélection, avant leur rencontre avec le Président.
Les syndicats étudiants refusent tout compromis
Marius Mesnil, vice-président de l'Union syndicale lycéenne (USL), a affirmé sur RMC que les syndicats étudiants resteraient intransigeants, en soulignant qu'ils ne choisiraient pas entre avoir des enseignants et avoir des salles de classe bien entretenues. Cette déclaration intervient avant une rencontre prévue le même jour entre les organisations étudiantes et le président de la République.Une pétition qui rassemble
Depuis le 5 octobre, une pétition lancée par l'Union étudiante, un syndicat étudiant proche de La France insoumise, circule sur change.org et a recueilli plus de 93 000 signatures. Elle comprend dix propositions « urgentes » au nom de la jeunesse. Plusieurs syndicats de gauche et d'extrême gauche en sont signataires, dont la Fage, l'USL, l'Union nationale des étudiants de France (Unef) et Solidaires étudiants.Un gouvernement prudent
Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur, a déclaré sur BFMTV le 7 octobre que le gouvernement examinerait les propositions, mais qu'il ne prendrait pas à ce stade l'engagement de dix milliards d'euros. La première proposition est un plan d'urgence pour rénover les bâtiments scolaires et universitaires. Les syndicats s'inquiètent de l'état des infrastructures scolaires et demandent que l'État mette en œuvre un plan d'urgence pour adapter les établissements au changement climatique, notamment en installant la climatisation pour faire face aux vagues de chaleur et le chauffage pour lutter contre les vagues de froid.Exigences en matière d'infrastructures et d'entretien
Les syndicats insistent sur le fait que l'État doit s'engager à entretenir les locaux scolaires et à garantir des toilettes propres et fonctionnelles dans toutes les écoles de France. Ils réclament davantage de moyens matériels et humains pour y parvenir. La deuxième proposition porte sur le recrutement massif de personnels éducatifs, de santé et d'accompagnement. Les syndicats étudiants et universitaires réclament un meilleur accompagnement, notamment l'ouverture de postes d'enseignants afin que chaque classe dispose d'un professeur et pour mettre fin aux inégalités entre établissements.Besoins en personnels de santé et d'accompagnement
Ils veulent également des infirmiers, des conseillers d'orientation et des psychologues pour 500 élèves chacun. Un rapport de l'Assemblée nationale publié en décembre 2020 indiquait environ un infirmier scolaire pour 1 300 élèves. Il rappelait également le rapport Moro-Brison de 2016, qui faisait état d'un psychologue pour 1 600 élèves en France. La troisième mesure concerne la remise à plat des emplois du temps scolaires et universitaires.Repenser les rythmes et les réformes
Les syndicats signataires estiment que le gouvernement devrait fonder ses décisions sur les résultats de la « Convention citoyenne sur le temps de l'enfant pour l'éducation nationale » et engager des travaux sur l'enseignement supérieur afin de mieux respecter les besoins et le bien-être des étudiants. Ils réclament une pause déjeuner d'au moins 1 heure 30 et souhaitent que le gouvernement revienne sur la réforme du baccalauréat.Réformer la sélection et l'accès
La quatrième proposition consiste à supprimer la sélection via Parcoursup et Mon Master et à créer 250 000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur. Le stress lié à Parcoursup a conduit les syndicats étudiants à demander une réforme de la plateforme, avec la suppression de la sélection. Les jeunes veulent garantir que les étudiants puissent accéder aux filières de leur choix sans être soumis à une sélection algorithmique, et que tous ceux qui souhaitent poursuivre en master puissent le faire.Démocratie étudiante et représentation
La cinquième proposition porte sur la réforme du système de démocratie étudiante afin de permettre aux étudiants de participer réellement aux prises de décision. Elle vise à remplacer le scrutin plurinominal actuel, dans lequel les étudiants votent pour des personnes sans étiquette politique, par un scrutin de liste qui permettrait une représentation syndicale au sein du conseil de vie lycéenne (CVL), élu au niveau de l'établissement, et du conseil académique de la vie lycéenne (CAVL), élu au niveau régional.Bourses et aide financière
La sixième proposition vise à augmenter les bourses et à rétablir et renforcer les APL pour tous les étudiants. Les syndicats réclament des mesures pour lutter contre la précarité étudiante, notamment une hausse de 200 euros par mois des bourses étudiantes, versée sur douze mois, et l'entrée de 300 000 étudiants supplémentaires dans le système de bourses. Ils proposent également la création d'un revenu d'autonomie étudiant de 1 337 euros par mois afin que tous les étudiants disposent des moyens nécessaires pour étudier.Accès à des repas abordables
La septième proposition consiste à garantir un accès réel au repas à un euro pour tous les étudiants. Les syndicats demandent que le gouvernement donne au Crous les moyens nécessaires pour faire face à la forte demande dans les restaurants universitaires. Depuis la généralisation du repas à un euro au Crous, de longues files d'attente se forment dans les espaces de restauration, empêchant certains étudiants de manger en raison des contraintes de temps entre midi et 14 heures.Suppression des frais d'inscription et des taxes
La huitième proposition est d'abroger le plan « Bienvenue en France », qui instaure des frais d'inscription différenciés pour les étudiants internationaux, et de supprimer la CVEC. Les syndicats s'en prennent également aux frais d'inscription différenciés pour les étudiants étrangers, affirmant qu'ils « mettent en œuvre une préférence nationale et une logique raciste dans l'enseignement supérieur ». Concrètement, l'application de ces droits signifie que la plupart des étudiants résidents non européens paieraient des frais d'inscription annuels de 2 895 euros pour une licence, contre 178 euros aujourd'hui, et de 3 941 euros pour un master, contre 254 euros.Loyers du Crous et encadrement des loyers
La neuvième proposition vise à geler les loyers du Crous, à garantir la poursuite de l'encadrement des loyers et à mener une vaste rénovation et construction de logements du Crous. En 2023, les loyers du Crous ont été dégelés et indexés sur l'inflation. Les signataires de la pétition attendent que le gouvernement revienne au taux de 2023 et gèle à nouveau les loyers. Ils réclament également la « rénovation des résidences du Crous insalubres » et la construction de « 15 000 logements du Crous à partir de 2027 ».Mettre fin à la répression et aux violences
La dixième proposition vise à mettre fin à la répression et aux violences policières à l'encontre du mouvement étudiant et lycéen. La dernière « mesure urgente » consiste à permettre aux étudiants et aux lycéens de manifester. Les signataires demandent que le gouvernement veille à ce que les « absences liées à la mobilisation ne soient pas comptabilisées ni sanctionnées » et qu'il veille parallèlement à ce que « les forces de police qui commettent des violences soient poursuivies en justice ». Si les syndicats étudiants et universitaires tiennent leurs engagements, c'est-à-dire s'ils poursuivent la mobilisation jusqu'à ce que le gouvernement satisfasse toutes leurs demandes, et s'ils continuent de bénéficier du soutien d'un grand nombre de personnes dans chaque établissement, le mouvement pourrait se prolonger jusqu'à l'élection présidentielle, leurs revendications étant jugées impossibles à mettre en œuvre en quelques semaines.