La contamination saline provenant d'anciennes mines de potasse menace la nappe phréatique d'Alsace ; les efforts de dépollution progressent, mais la réhabilitation complète n'est pas attendue avant 2050.
Traces de sel dans les eaux souterraines
Au nord de Mulhouse, dans le Haut-Rhin, en Alsace, les eaux souterraines locales contiennent des résidus de sel provenant d'anciennes mines de potasse. Ce sel s'est infiltré dans la nappe phréatique à travers les eaux de pluie qui ont traversé les terrils issus de l'exploitation minière.Niveaux de contamination et chronologie
En 2011, plus de 85 kilomètres carrés de la nappe inférieure présentaient des teneurs en chlorures supérieures à 250 mg/l, seuil au-delà duquel l'eau n'est plus potable. En 2022, cette zone s'était réduite à environ 24 kilomètres carrés, une diminution notable. Toutefois, une étude de 2016 estimait qu'une réhabilitation complète de la nappe ne serait pas possible avant 2050.Origines de la pollution saline
Les mines de potasse de la région ont fonctionné de 1910 à 2002 et ont extrait 567 millions de tonnes de sel brut. Le minerai contenait du chlorure de potassium, la matière recherchée, ainsi qu'environ 60 % de chlorure de sodium, c'est-à-dire du sel de table. Ce sel en excès était entassé en terrils sur des sols perméables, ce qui a contribué à la contamination de la nappe.Évolution des méthodes d'évacuation du sel
De 1910 à 1933, les terrils étaient très concentrés, et en 1970, cette pratique avait presque disparu. Entre 1934 et 1975, une grande partie du sel a été dissoute et rejetée dans le Rhin. Aujourd'hui, une vingtaine de terrils subsistent dans la région, et les efforts portent sur le confinement et l'enlèvement du sel.Efforts de dépollution de la nappe
Depuis 1975, diverses mesures ont été mises en œuvre pour dépolluer la nappe, notamment des puits d'injection, des conduites de saumure et la couverture des terrils. Ces efforts ont comporté le pompage de l'eau contaminée à travers un pipeline de 58 km jusqu'au Grand Canal d'Alsace. En 1998, près de 3,9 millions de tonnes de sel demeuraient sur les terrils, et 58 500 tonnes de chlorures continuaient de pénétrer chaque année dans la nappe.Progrès et préoccupations persistantes
Un rapport du BRGM publié en 2025 indique que la superficie de la nappe inférieure dépassant 250 mg/l de chlorures a diminué de 72 % depuis 2011, et celle de la nappe supérieure de 57 %. Malgré ces améliorations, certains puits, comme celui de Kingersheim, continuent d'afficher des teneurs en chlorures en hausse, ce qui montre que le problème n'est pas entièrement résolu.Perspectives à long terme et défis
L'étude de 2016 suggère que la nappe pourrait ne pas être entièrement réhabilitée avant 2050, soit 39 ans après les principaux efforts de dépollution menés jusqu'en 2011. Bien que l'État poursuive la surveillance des terrils et du réseau de pompage, les fuites passées dans la conduite de saumure mettent en lumière les difficultés persistantes pour assurer un rétablissement complet de la nappe.