Les vaches laitières ont besoin d'une alimentation adaptée pendant la période sèche pour assurer un bon démarrage de la lactation, la quantité ingérée et la qualité de la ration étant des facteurs essentiels.
Le passage en lactation influe sur la santé des vaches
La fin de la lactation ne marque pas seulement la fin d'une période de traite, mais aussi la préparation de la suivante. Maintenir un bon niveau d'ingestion est un élément clé pour un bon démarrage et pour préserver la santé des animaux. L'ingestion correspond à la quantité d'aliment, et donc de nutriments, qu'une vache peut consommer en une journée, explique Julien Jurquet, chef de projet à l'Institut de l'élevage.Équilibre nutritionnel pendant la période sèche
Assurer un bon niveau d'ingestion est essentiel pour que les vaches taries reçoivent ce dont elles ont besoin, sans carence ni excès. Pendant la période sèche, on prépare le début de la lactation, au cours de laquelle les besoins en énergie, en protéines et en calcium seront particulièrement élevés. En revanche, si l'ingestion est sous-estimée, la ration peut apporter plus d'énergie que nécessaire.Risques d'un état corporel trop élevé
La vache stockera cette énergie et gagnera en état corporel. Un état corporel excessif augmente le risque de déficit énergétique au vêlage, car l'animal est moins capable de mobiliser ses réserves. Cela accroît les difficultés au vêlage. Une bonne transition et une ingestion suffisante sont nécessaires pour maintenir le bon fonctionnement du rumen.Santé du rumen et équilibre microbien
La période sèche ne doit pas perturber la dynamique de la flore microbienne ni le potentiel des papilles. Ce serait comme arrêter un moteur qui fonctionne bien, avec le risque d'avoir du mal à le redémarrer, illustre Dominique Landais, consultant en nutrition et robotique chez Seenovia.Maximiser l'ingestion d'aliments
Comment maximiser l'ingestion ? Avant de chercher à concentrer la ration, il est déjà important de s'assurer qu'elle est bien consommée, précise Julien Jurquet. Cela suppose une ration homogène, disponible à volonté tout au long de la journée. Si la ration contient de la paille, les brins doivent être coupés courts, idéalement entre 2,5 et 3 cm.Améliorer l'attrait de la ration
Ajouter de l'eau, voire de la mélasse, rendra la ration plus appétente, ajoute Dominique Landais. Parallèlement, les vaches doivent avoir un accès suffisant à l'eau. Il faut noter que la période sèche ne nécessite pas un régime sévère. La vache ne devrait pas passer plus d'une demi-journée dans un parc avec de la paille pendant qu'on organise le changement de bâtiment, conseille Dominique Landais.Facteurs de stress pendant la période sèche
L'arrêt de la traite et la séparation du troupeau sont déjà des facteurs de stress importants. La pression du lait dans le pis sera suffisante pour amorcer la période sèche. Selon une synthèse de 42 essais, un bilan cation-anion (Baca) positif réduit l'ingestion en pré-partum, principalement en raison de sels anioniques peu appétents, mais il l'améliore en post-partum.Impact du Baca sur la production
Chez les vaches multipares, le bénéfice est plus marqué, avec une nette hausse de la production en début de lactation et une réduction des risques de fièvre vitulaire et de rétention placentaire. Chez les primipares, un Baca négatif ne montre pas d'effet favorable sur le niveau de production en première lactation. Un bon compromis serait de viser un Baca compris entre +50 et -50 meq/kg MS, avec de bonnes pratiques d'alimentation.Concilier acidification et ingestion
Si une acidification modérée a montré son intérêt, il y a davantage à gagner en augmentant l'ingestion qu'en cherchant à atteindre un Baca très négatif (inférieur à -50), estime le consultant. Les capteurs de phosphore sont une piste à explorer pour abaisser le Baca sans provoquer de problèmes d'appétit. Cela permet de réduire la fièvre vitulaire. Mais le phosphore joue un rôle important dans la synthèse de l'énergie. Se pose alors la question de l'impact d'une carence sur la production, s'interroge Dominique Landais.Niveaux d'ingestion des vaches taries
L'ingestion des vaches laitières est bien connue, pas nécessairement celle des vaches taries, reconnaît Julien Jurquet. À la ferme expérimentale des Trinottières, dans le Maine-et-Loire, grâce à des bascules, les ingestions des vaches taries ont été mesurées pendant trois ans, avec une ration à base d'ensilage de maïs, de paille et de tourteau de colza.Résultats de l'étude
Ce suivi a montré que l'ingestion était en moyenne de 17 kg MS, plus précisément de 15,7 kg pour les primipares et de 17,7 kg pour les multipares. C'est plus que ce que l'on pensait, note Julien Jurquet. Il existe un écart de 3 kg avec l'ingestion sur laquelle reposent les tables d'alimentation de l'Inrae. L'étude a également montré que la baisse de l'ingestion n'est vraiment marquée que dans les deux dernières semaines avant le vêlage.Lien entre période sèche et lactation
Un autre constat plaide en faveur d'une ration à volonté : les vaches qui ont le plus mangé pendant la période sèche sont aussi celles qui ont le plus mangé pendant la lactation, et donc celles qui ont le plus produit, indique Dominique Landais.