Un rapport remis le 15 juillet au gouvernement français par quatre économistes estime qu’un ajustement d’environ 125 milliards d’euros sera nécessaire d’ici à 2032 pour éviter que la dette publique n’augmente, sans même la réduire. Rédigé par Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Natacha Valla et Jean-Luc Tavernier, ce document indique que, en l’absence de changement de politique, le déficit public atteindrait 5,9 % du PIB dès 2027 et frôlerait 7 % en 2030. La dette dépasserait alors 130 % du PIB. Selon l’analyse de ce rapport par la Fondation iFRAP, la charge de la dette passerait de 78 milliards d’euros en 2026 à près de 125 milliards en 2030, en raison du refinancement à des taux plus élevés. La Haute Commission du Plan, qui vise un objectif plus ambitieux, évalue l’effort nécessaire à environ 140 milliards d’euros. La France devrait passer d’un déficit primaire, hors charge de la dette, proche de 3 points de PIB à un excédent primaire structurel de 0,8 point. Cela représente un retournement d’environ 3,8 points en cinq ans. L’ampleur est impressionnante. Elle doit cependant être comparée à ce que d’autres pays ont accompli. La Grèce reste l’exemple le plus douloureux. Son déficit public avait dépassé 15 % du PIB en 2009. Il s’est transformé en léger excédent à partir de 2016, au prix d’un PIB réduit de plus d’un quart et d’une génération sacrifiée. Le Portugal, placé sous programme de la troïka entre 2011 et 2014, avait dû geler les salaires de la fonction publique et réduire les pensions. Ces deux pays figurent aujourd’hui parmi les cinq États de l’UE affichant un excédent budgétaire, Athènes à 1,7 % du PIB et Lisbonne à 0,7 % en 2025, selon Eurostat. L’exemple le plus troublant vient d’Italie. Sans troïka ni plan d’aide, Rome est passée d’un déficit primaire de 4 % du PIB en 2022 à un excédent de 0,8 % en 2025, selon l’Istat. La fin du coûteux dispositif immobilier du « superbonus » y a largement contribué, tout comme la hausse des prélèvements obligatoires, qui ont progressé de 1,2 point en 2024. L’Italie reste cependant sous procédure de déficit excessif, avec un déficit public de 3,1 % du PIB en 2025. Un fait demeure : l’excédent primaire que la France espère atteindre en 2032, l’Italie l’a déjà. L’effort demandé n’a rien d’héroïque. Il ne suppose ni l’effondrement grec ni la tutelle portugaise, seulement une discipline sur cinq ans, de l’ordre de 20 milliards d’euros par an. Le projet de budget 2027, présenté le 1er octobre en Conseil des ministres, prévoit 54 milliards d’euros d’économies pour ramener le déficit à 5 %. Pourtant, le budget 2026 a déjà glissé à 5,4 %. L’obstacle est politique. Les auteurs estiment la marge sur les prélèvements quasi nulle et font de la dépense le levier principal. Ils évoquent même la possibilité de remettre en cause l’indexation automatique des prestations sur l’inflation. Peu de candidats sont prêts à faire campagne sur un tel programme. La CGT a déjà dénoncé une cure d’austérité à la publication du rapport. La mission voulait forcer la classe politique à clarifier ses positions. Elle pourrait au contraire lui offrir une cible à contourner. Car 125 milliards d’euros suffisent à effrayer l’électorat, mais trop peu pour plaider l’impuissance. L’histoire budgétaire européenne enseigne cependant une leçon : les pays qui ont choisi leur ajustement ont payé moins cher que ceux qui l’ont subi. L’Italie a choisi, la Grèce a subi. Reste à savoir dans quelle colonne la France voudra se situer en 2032.