Un propriétaire allemand disposant de dix panneaux solaires, totalisant 4,5 kWc, a indiqué qu’en juillet, à midi, sa maison n’a consommé que 300 W tandis que les panneaux produisaient 3 500 W. L’énergie excédentaire a été dirigée vers une batterie solaire, et le système de recharge de sa voiture électrique a même été modifié pour absorber ce surplus. Ce scénario, autrefois un défi personnel pour les propriétaires, est désormais devenu une politique publique en Allemagne. Un projet de loi porté par la ministre de l’Économie, Katherina Reiche, a été adopté en conseil des ministres le 29 juillet et a connu sa première lecture au Bundestag le 24 septembre, avec une entrée en vigueur prévue le 1er janvier 2027. Pour les nouvelles installations solaires de petite et moyenne taille sur toiture, l’injection au point de connexion sera désormais plafonnée à 50 % de la puissance installée, avec ou sans compteur intelligent. Une installation de 10 kW, taille moyenne en Allemagne, ne pourra donc jamais injecter plus de 5 kW sur le réseau. La consommation propre et le stockage ne sont pas concernés, et les panneaux continuent de produire à pleine capacité. Le tarif d’achat garanti sur vingt ans est remplacé par une prime transitoire de trente-six mois, commençant à 5,20 centimes par kWh, suivie d’une transition obligatoire vers la vente directe sur le marché. Les kits balcon jusqu’à 2 kW sont exemptés, car leurs onduleurs sont déjà limités à 800 W. Sans batterie, jusqu’à 16 % de la production est perdue. Ce plafonnement n’est pas une nouveauté absolue en Allemagne. Une règle à 70 % existait jusqu’en 2022, puis une limite à 60 % a été réintroduite en février 2025 pour les installations sans compteur intelligent. La différence cette fois est qu’il n’est plus possible de contourner la mesure en installant un compteur intelligent : la coupure est définitive. Selon les calculs de l’HTW Berlin, une installation de 10 kW avec injection totale perdrait entre 12 et 16 % de sa production annuelle. Avec une batterie de 10 kWh contrôlée intelligemment, cette perte tombe à environ 1 %. Le discours officiel évoque l’aplanissement des pics de midi, lorsque le prix de gros s’effondre à zéro ou devient négatif. Pourtant, avec un tarif d’achat de 7,7 centimes et un prix de l’électricité facturé entre 30 et 40 centimes par kWh, un Allemand a tout intérêt à consommer son électricité plutôt que de la revendre. Ce plafonnement rend la batterie indispensable pour éviter toute perte. En France, il n’existe pas de plafonnement de l’injection, mais des pressions économiques similaires. Un décret du 1er juin 2026 a réduit le tarif d’achat du surplus à 1,1 centime par kWh pour toutes les installations jusqu’à 100 kWc et supprimé la prime à l’autoconsommation. Début 2025, le même kWh valait encore 12,69 centimes, puis 4 centimes après mars 2025. Face à un tarif réglementé de 20 centimes, vendre son électricité rapporte dix-huit fois moins que la consommer. Le résultat est identique à celui de l’Allemagne, sans passer par la loi ou l’onduleur. Dans les deux pays, le bon client est le foyer équipé d’une pompe à chaleur, d’une voiture électrique et d’une batterie, qui absorbe sa production en journée. Le mauvais client, celui qui a recouvert l’intégralité de son toit exposé au sud en comptant sur la revente, se retrouve avec des panneaux surdimensionnés. À moins, bien sûr, de bénéficier d’un ancien contrat de revente. La méthode allemande est brutale, mais elle a le mérite d’être lisible : la règle est écrite, chiffrée, et l’installateur peut dimensionner en conséquence. En France, le même effet est obtenu par un tarif d’achat faible. Résultat : des deux côtés du Rhin, la batterie est devenue indispensable, et un toit entièrement recouvert n’a plus de sens.