En 1985, des plongeurs corses ont découvert un trésor de pièces d'or romaines, déclenchant une bataille juridique sur la propriété, des peines de prison et des litiges persistants sur le sort du trésor.
Des plongeurs corses découvrent des pièces d'or romaines
En septembre 1985, trois plongeurs corses, Félix Biancamaria, son frère Ange et leur ami Marc Cotoni, ont mis au jour un grand nombre de pièces d'or romaines alors qu'ils pêchaient des oursins dans la crique de Capo di Feno, dans le golfe de Lava. Ils ont trouvé les premières pièces à environ deux mètres de profondeur et ont continué à creuser dans le sable, en utilisant des outils comme des crics et des barres à mine pour en dégager davantage. Certaines pièces étaient collées à des rochers et il a fallu les décoller à l'aide de couteaux ou de marteaux.Estimation de la valeur du trésor
Félix Biancamaria affirme avoir trouvé près de 600 pièces, de quoi remplir plusieurs bocaux de confiture. Les experts, eux, estiment que le total pourrait atteindre 1 400, voire 4 400 pièces, pour une valeur potentielle comprise entre 21 et 100 millions d'euros. Le nombre exact reste inconnu, car les pièces ont été dispersées avant qu'un inventaire complet ne puisse être réalisé.Le droit français et la propriété des trésors sous-marins
En droit français, les trésors découverts sous l'eau dont le propriétaire est inconnu appartiennent à l'État et sont considérés comme des biens culturels maritimes. Le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), rattaché au ministère de la Culture, a été chargé de récupérer les pièces. En novembre 1986, l'État a saisi 73 pièces, soit environ un huitième de ce que Félix Biancamaria prétendait avoir trouvé, tandis que le reste a été largement dispersé et a fini par apparaître sur le marché.Les conséquences judiciaires pour les plongeurs
En 1994, Ange et Félix Biancamaria, ainsi que Marc Cotoni, ont été condamnés à dix-huit mois d'emprisonnement avec sursis et à des amendes de 25 000 francs pour détention et enlèvement illégaux d'une épave maritime. Deux numismates professionnels ont également été condamnés, et les peines ont été confirmées en appel en 1995. L'État a conservé les 73 pièces, qu'il a placées au Cabinet des médailles à Paris et au musée de Sartène.Réapparition d'une plaque d'or
Une plaque d'or pesant 879 grammes, découverte en août 1986, a refait surface en 2010, lorsque Félix Biancamaria a été interpellé alors qu'il tentait de la vendre à la gare de Roissy. Estimée entre 2 et 8 millions d'euros, la plaque a été saisie par l'État à l'issue d'un procès à Marseille en janvier 2024. Félix Biancamaria a été condamné à douze mois d'emprisonnement avec sursis et à une amende de 200 000 euros, à payer conjointement avec Jean-Michel Richaud, qui a écopé de huit mois avec sursis.L'origine du trésor reste floue
L'absence d'épave sur le site a soulevé des interrogations sur l'origine du trésor. Certains supposent qu'il pourrait provenir de villas romaines situées sur les collines voisines, mises au jour par des ouvriers italiens au XIXe siècle et en partie cachées dans une grotte proche de la mer. Si le trésor provenait de la terre ferme plutôt que d'une épave, les règles juridiques applicables aux épaves ne s'appliqueraient peut-être pas de la même manière.Procédures judiciaires et efforts de récupération en cours
L'affaire reste en partie non résolue, car l'État peut toujours revendiquer les objets de Lava à tout moment, même si certains ont déjà été vendus aux enchères. En mars 2017, quatre personnes ont été arrêtées à Bastia en possession de seize pièces d'or dissimulées dans des tampons encreurs en bois et en caoutchouc. Un médaillon de Gallien, estimé à 580 000 euros, a également disparu et fait toujours l'objet de recherches actives par les autorités.