Ligne ferroviaire historique abandonnée en 2003

Une ligne ferroviaire construite par des ingénieurs français il y a plus d'un siècle serpente toujours à travers les montagnes du Yunnan, dans le sud de la Chine. Ses voies, ses tunnels et ses ponts subsistent, mais plus aucun passager ne les emprunte depuis 2003.

Prouesse technique et lourd tribut

La ligne à voie métrique, construite par la Compagnie du chemin de fer de l'Indochine et du Yunnan entre 1904 et 1910, s'étire sur 465 km entre Kunming et Hekou. Sa construction, qui comprenait 155 tunnels et 107 ponts, aurait coûté des milliers de vies, les estimations allant de 12 000 à plus de 50 000 morts.

Ouvrages remarquables et protection historique

La Compagnie du chemin de fer de l'Indochine et du Yunnan a été fondée en 1901 avec un capital de douze millions cinq cent mille francs. L'ensemble de la ligne reliait Haiphong, au Vietnam, à Kunming, la section chinoise allant de Kunming à Hekou. La ligne a été construite sur des voies métriques, ce qui permettait de mieux s'adapter aux virages serrés imposés par les montagnes. Le viaduc de Faux-Namti, également connu sous le nom de pont de Renzi, est un ouvrage remarquable de la ligne : il enjambe un ravin profond de 102 mètres au-dessus de la rivière Sicha. Il est depuis 2006 classé site historique majeur par les autorités chinoises.

Un bilan humain contesté

Concernant le bilan humain, les sources divergent fortement selon leur origine. Le décompte français le plus souvent cité fait état de 12 000 morts parmi les 67 000 ouvriers employés, dont 80 ingénieurs. Une source chinoise citée au Musée du train de Kunming, en revanche, avance un bilan bien plus élevé, situé entre 50 000 et 60 000 victimes. L'historienne Virginia Thompson a même évoqué le chiffre de 100 000 morts, jugé excessif par des évaluations plus prudentes qui parlent plutôt de plusieurs dizaines de milliers de victimes.

Déclin lié à des problèmes naturels et structurels

À partir de la saison des pluies de 2001, le tronçon entre Kaiyuan et Hekou commence à poser de sérieux problèmes. Le relief accidenté et la mauvaise qualité géologique des sols provoquent des chutes de rochers et des glissements de terrain répétés. La ligne, déjà centenaire dans certaines parties, présente des signes d'usure préoccupants que l'infrastructure d'origine ne peut plus absorber sans un entretien colossal. Les autorités chinoises suspendent le service voyageurs Kunming–Hekou en juin 2003. Seul le trafic marchandises est maintenu sur ce tronçon, et les gares et les quais se vident peu à peu de toute présence humaine régulière.

Fin du service international et évolutions récentes

Le coup de grâce pour les voyageurs transfrontaliers survient en 2005, date à laquelle le service international prend définitivement fin. La plupart des voitures voyageurs sont alors cédées à la Birmanie, tandis que le trafic, qui circulait encore deux fois par semaine en 2000, s'éteint discrètement. Cette liaison connaît néanmoins un second souffle avec la reprise du trafic international de marchandises en 1996, suivie de la reprise du service voyageurs transfrontalier en 1997, avant de retomber dans l'oubli quelques années plus tard.

Héritage et projets d'avenir

Aujourd'hui, les tunnels percés à la dynamite et les ponts métalliques assemblés rivet par rivet existent toujours, enlacés par une végétation tropicale avide de reprendre son territoire. Pendant ce temps, le Vietnam voisin regarde résolument vers l'avenir : en février 2025, son Assemblée nationale a approuvé un investissement de 8,37 milliards de dollars pour une toute nouvelle ligne Lao Cai–Hanoï–Haiphong, à voie standard et conçue pour circuler à 160 kilomètres par heure, tournant ainsi la page de la ligne à voie métrique héritée de la colonisation française.