Les inégalités scolaires en Seine-Saint-Denis

Un rapport de l'Institut des politiques publiques (IPP), publié le 14 octobre, met en évidence de fortes inégalités scolaires en Seine-Saint-Denis, où près de 6 lycées d'enseignement général et technologique sur 10 font partie des établissements les plus défavorisés, contre 8 % à l'échelle nationale. Le rapport souligne que la composition sociale des lycées du département est très éloignée de la moyenne nationale : 59 % des lycées d'enseignement général et technologique relèvent du type 1, le plus défavorisé selon l'indice de position sociale, contre 8 % au niveau national. C'est le cas de l'ensemble des lycées professionnels, contre 69 % au niveau national.

La formation professionnelle et la répartition des élèves

Commandé et financé par le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, le rapport indique qu'un tiers des élèves du département suivent la voie professionnelle, soit deux points de plus que la moyenne nationale. Sur les 35 secteurs du département, 23 ne disposent que d'un seul lycée de priorité 1, ce qui concerne 53 % des jeunes âgés de 11 à 17 ans. Seul le secteur de Montreuil compte quatre lycées de priorité 1, dont deux à Vincennes, dans le Val-de-Marne.

La carte scolaire et les options pédagogiques

La carte scolaire peut également allonger les temps de trajet des élèves : dans certains quartiers, souvent situés aux limites communales, le lycée de secteur le plus proche est nettement plus éloigné que le lycée le plus proche. L'offre pédagogique varie fortement : sur les treize doublettes de spécialités les plus suivies en classe terminale générale, seules huit sont proposées dans le secteur de L'Île-Saint-Denis, et seuls 37 % des jeunes ont accès aux treize. Dans la voie technologique, la situation la plus fréquente est l'accès à deux séries sur sept, et un secteur n'en propose aucune.

Les inégalités après le baccalauréat

Après le baccalauréat, les inégalités persistent : 82 % des jeunes disposent d'un lycée de secteur doté d'une section de technicien supérieur, mais seuls 28 % peuvent accéder à un lycée proposant une classe préparatoire aux grandes écoles. Dans le nord et l'ouest du département, les secteurs ne comptent que des lycées de type 1, ce qui concerne plus de la moitié des élèves (56 %). Le sud-est fait exception, avec des établissements majoritairement de types 2 à 4.

L'accessibilité des formations et les écarts territoriaux

Pour la seconde professionnelle et le CAP, l'affectation ne dispose pas de priorité géographique au sein de l'académie de Créteil, si bien que l'offre accessible dépend principalement du réseau de transports. Les jeunes du nord-ouest et de l'est ont accès à beaucoup moins de formations à moins de 30 minutes de leur domicile que ceux de l'ouest, où les secteurs autour de Bobigny et de Pantin concentrent l'offre la plus large. Au total, 70 % des jeunes du département n'ont accès qu'à cinq spécialités de CAP ou moins.

Les avantages parisiens et les contrastes régionaux

Dans la voie générale et technologique, tous les jeunes parisiens disposent de cinq lycées de secteur, de l'accès aux treize doublettes et d'un lycée doté d'une classe préparatoire. L'accès à au moins un lycée de type 5, le plus favorisé, concerne 100 % des jeunes parisiens, 76 % dans les Hauts-de-Seine et 31 % dans le Val-de-Marne, contre 6 % en Seine-Saint-Denis.

Les perspectives et les limites du rapport

Le rapport suggère que le Grand Paris Express, dont l'achèvement est prévu en 2031, pourrait réduire certaines inégalités, et qu'une révision de la carte des formations constituerait un levier complémentaire. Dans la voie générale et technologique, les auteurs notent qu'à réseau de transports inchangé, il existe une réelle marge de manœuvre dans le découpage des secteurs. Ils soulignent toutefois les limites de leur analyse, restreinte aux lycées de priorité 1 et à l'enseignement public, et fondée uniquement sur des données ouvertes. Un diagnostic complet nécessiterait l'accès aux vœux exprimés dans Affelnet, à l'échelle d'affectation, aux affectations effectives et aux capacités d'accueil.