Les relations entre parents et enseignants se sont davantage tendues ces dernières années, les désaccords portant souvent sur la communication, les méthodes pédagogiques, les résultats scolaires ou le comportement des élèves. Les deux parties rapportent fréquemment de tels conflits. Marine, mère de Gustave, un enfant de six ans scolarisé dans une école primaire en Île-de-France, a par exemple décrit un incident où son fils s’était vu confier un vélo ancien aux freins défectueux lors d’un atelier de cyclisme. Le vélo a provoqué une chute blessant un camarade de classe. L’administration scolaire a répondu en promettant de remplacer le vélo, mais n’a pas reconnu sa responsabilité dans l’incident, laissant les parents sur une impression de mépris. Un sondage réalisé par le syndicat SE-Unsa, publié en juin 2026, met en lumière l’aggravation des tensions. Il révèle que 8 enseignants-directeurs sur 10 ont été confrontés à au moins un conflit avec un parent en 2025, contre 4 sur 10 en 2013. Le sondage indique également que 4 directeurs sur 10 estiment que les parents ne reconnaissent pas leur autorité, contre 2 sur 10 en 2013. Par ailleurs, 50 % des directeurs déclarent avoir reçu des insultes, contre 23 % en 2013, et 60 % affirment avoir été menacés par des parents, contre 27 % en 2013. Une hausse, bien que limitée, est observée avec 2,5 % des directeurs déclarant avoir subi des agressions physiques, contre 0,7 % en 2013. Depuis la rentrée scolaire 2026, plusieurs incidents impliquant des menaces ou des agressions ont été rapportés par les médias. Le 14 septembre, un parent a été placé en garde à vue pour avoir menacé un animateur au collège Albert Camus à Eysines, près de Bordeaux. Le même jour, un parent d’un établissement de l’Yonne a adressé des menaces à un directeur et à une enseignante, qui seront jugés le 10 décembre pour « menace envers une personne chargée d’une mission de service public ». Plus tôt, le 4 septembre, un enseignant d’une commune près de Toulouse a été menacé de décapitation par un parent, condamné par la suite à six mois de prison. Le procureur de Toulouse, David Charmatz, a souligné que les élèves n’étaient pas retournés en classe pendant une semaine en raison de ces menaces, insistant sur la nécessité d’envoyer un message fort de tolérance zéro face à ces violences. Trois enseignants ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions ces dernières années : Samuel Paty, Dominique Bernard et Agnès Lassalle. Georges Fotinos, auteur de l’enquête SE-Unsa, attribue la montée des tensions à l’individualisme croissant, où de nombreux parents se perçoivent comme des consommateurs d’un service plutôt que comme des partenaires de l’éducation. Il évoque également une défiance accrue envers les institutions, seuls 57 % des directeurs estimant que les parents respectent l’autorité des enseignants sur leurs enfants, contre 76 % en 2013. Plus d’un tiers des directeurs estiment désormais que les enseignantes sont moins respectées que leurs homologues masculins, contre 18 % en 2013. Mustafa Ozcelik, vice-président de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), souligne que l’augmentation des effectifs par classe et les tensions sociétales ont contribué à cette situation. Cependant, l’enquête SE-Unsa suggère que dans les établissements classés en REP (réseau d’éducation prioritaire), ceux bénéficiant de davantage de moyens et de soutien, les relations parents-école sont moins conflictuelles. Parmi les solutions envisagées figurent un renforcement des ressources allouées à l’Éducation nationale et une amélioration du dialogue entre parents et écoles. Ozcelik propose d’organiser des réunions à des horaires plus adaptés aux parents et de les aider à mieux comprendre le fonctionnement des établissements. Fotinos suggère quant à lui la création d’une Journée nationale parents-école pour favoriser une meilleure compréhension mutuelle. Face à la dégradation des relations, le gouvernement a instauré une nouvelle charte Parents-École axée sur le respect mutuel, le dialogue, la coéducation et l’engagement. Un « décret parental » publié le 29 juillet 2026 permet le changement d’établissement d’un élève si son parent « perturbe gravement » le « bon fonctionnement » de l’école. La FCPE a critiqué ce décret, estimant qu’il risque de nuire au développement personnel et au bien-être psychologique de l’enfant. Le texte a déjà conduit à des transferts d’élèves, mais son efficacité pour résoudre les conflits reste incertaine.