Duralex, verrier français, s'effondre à peine deux ans après son lancement en 2024. La reprise de Cédric Meston vise à relancer l'entreprise avec des technologies vertes et des investissements privés.
Échec du projet de SCOP Duralex
Moins de deux ans après son lancement en 2024, le projet de société coopérative et participative (SCOP) Duralex s'est effondré. Le 14 octobre 2026, le tribunal de commerce d'Orléans a validé la reprise par Cédric Meston, jeune entrepreneur spécialisé dans la restructuration d'entreprises.Le plan de reprise de Cédric Meston
Cédric Meston, ancien consultant chez McKinsey et cofondateur de HappyVore, avait auparavant sauvé Tupperware France. Sa holding Tomé a remporté l'appel d'offres avec un plan de financement de 16 millions d'euros : 10 millions de fonds privés, dont ceux de Xavier Niel via NJJ Capital, et 6 millions de soutien public.Préservation de l'emploi et restructuration
Le plan de Meston conserve 155 postes sur 219, soit plus de 70 % des emplois à temps plein, alors que son concurrent Carlesimo n'en proposait que 129. Toutefois, 64 suppressions de postes sont inévitables. La restructuration s'accompagne de la nomination de Silham El Kasmi, ancienne cadre dirigeante de Saint-Gobain et de Saur, au poste de directrice générale, ce qui rompt avec la structure horizontale de la coopérative.Échec financier et enquête
Les 7 millions d'euros levés par la SCOP n'ont pas suffi à éviter l'effondrement. Plusieurs facteurs expliquent cet échec financier : la forte hausse des coûts de l'énergie dans un contexte de prix du gaz instables, la lenteur de la prise de décision au sein de la gouvernance coopérative, et le manque d'investissements dans la modernisation des fours, qui a aggravé la perte de compétitivité. Le parquet d'Orléans enquête actuellement sur d'éventuelles irrégularités commises par l'ancienne direction, dirigée par François Marciano. Des perquisitions ont eu lieu le 3 septembre 2026.Les défis de l'industrie verrière
L'industrie verrière impose de lourdes contraintes : des investissements massifs, des cycles longs et une concurrence internationale féroce. La SCOP, par nature, privilégie l'emploi à la rentabilité, alors que Duralex nécessitait une restructuration rapide et des décisions difficiles. La gouvernance participative, bien que socialement idéale, freine les ajustements stratégiques. Les cinq redressements judiciaires en vingt ans témoignent d'une fragilité que le modèle coopératif n'a pas pu surmonter.Une structure financière hybride
Le plan de Meston repose sur une structure financière hybride. Xavier Niel, fondateur de Free, injecte des capitaux privés via NJJ Capital, tandis que l'État, la Région Centre-Val de Loire et Orléans Métropole apportent 6 millions d'euros de soutien public. Cette alliance sécurise le financement tout en garantissant un ancrage territorial. Le ministre chargé de l'Industrie, Sébastien Martin, a annoncé sa visite de l'usine le 16 octobre 2026, signe du soutien du gouvernement. Contrairement à la SCOP, cette structure mobilise des leviers financiers inaccessibles aux seuls salariés.Transition écologique et économies d'énergie
Cédric Meston vise à faire de Duralex « le verre le plus vert du monde ». Son plan prévoit de convertir le four au gaz en une technologie 100 % électrique d'ici 2029. Cette transition vise à réduire drastiquement les émissions de CO2 et à diviser par deux la facture énergétique, qui représente actuellement 20 % du chiffre d'affaires. En répondant à la demande croissante de produits bas carbone, Meston justifie ses investissements importants.La fin de l'expérience SCOP
La reprise de Duralex par Cédric Meston met un terme à une expérience coopérative de dix-huit mois. Le modèle SCOP, malgré 7 millions d'euros levés et un soutien public, n'a pas pu surmonter les contraintes économiques de l'industrie verrière. L'entrepreneur privé, soutenu par Xavier Niel et les pouvoirs publics, privilégie une logique de rentabilité et de transition énergétique. Reste à savoir si les 155 emplois préservés tiendront jusqu'en 2029, date clé de ce pari industriel et écologique.