Aykut et Dahan introduisent la « mutation climatique » pour explorer comment le changement climatique se mêle à la politique mondiale, à l'économie et à la démocratie, bousculant la gouvernance traditionnelle.
Présentation du concept de mutation climatique
Aykut et Dahan introduisent le terme « mutation climatique » pour décrire l'interaction complexe entre le changement climatique, les conflits géopolitiques, les bouleversements économiques et la fragilité des systèmes démocratiques. Ce concept prolonge leurs travaux antérieurs, Gouverner le climat ?, dans lesquels ils avaient introduit la notion de « schisme de la réalité » pour décrire l'écart entre les négociations climatiques et les forces qui alimentent le réchauffement de la planète.Contexte historique de la gouvernance climatique
L'ouvrage revient sur l'histoire de la gouvernance climatique depuis les années 1990, une période qui a suivi la guerre froide et a été marquée par un ordre international fondé sur la science, le multilatéralisme et la coopération. Les auteurs soulignent toutefois que de grands accords climatiques, comme ceux de Kyoto et de Copenhague, se sont heurtés à des difficultés, conduisant à l'Accord de Paris de 2015, qui visait à transférer la responsabilité vers les sociétés et les marchés.Extension de la gouvernance climatique
Les auteurs décrivent un « mouvement dialogique entre la mondialisation du climat et la climatisation du monde », au sein duquel la question climatique s'est étendue au développement, à l'énergie, aux inégalités et à la finance. Il en résulte ce qu'ils appellent une « obésité de la gouvernance », c'est-à-dire un élargissement des négociations sans qu'il soit véritablement question des structures économiques et énergétiques.Évolution des inégalités d'émissions
Selon le Rapport sur les inégalités mondiales, les inégalités mondiales d'émissions sont passées d'un écart entre pays en 1990 à un écart au sein des sociétés en 2023. Ce basculement ramène au premier plan les débats sur les classes sociales, l'héritage, les modes de vie et la répartition des responsabilités face au changement climatique.Rapports de force dans la décarbonation
Les auteurs soutiennent que la décarbonation n'est pas un processus indépendant, mais qu'elle redistribue le pouvoir et remodèle les interdépendances entre États. Ils examinent les États-Unis, un grand centre de la recherche climatique mais aussi un foyer de résistance industrielle aux politiques climatiques, ainsi que la Chine, qui consomme une grande partie du charbon mondial tout en étant en tête du déploiement des énergies renouvelables.Changement climatique et démocratie
Le livre explore le lien entre changement climatique et démocratie, en observant que les démocraties ont le potentiel de conduire la transformation. L'Europe est présentée comme un laboratoire politique, le Pacte vert européen (Green Deal) révélant à la fois des promesses et des risques, comme l'illustre l'assouplissement, à l'horizon 2025, de l'interdiction des véhicules thermiques.Proposition d'un nouveau modèle européen
Les auteurs estiment que l'Union européenne doit se réinventer comme État social et écologique. La réussite ou l'échec du Pacte vert offrirait des enseignements sur la capacité des démocraties libérales à opérer une transition sans dépendre des énergies fossiles ni du soutien militaire américain. Ils proposent un « Pacte vert mondial » qui associerait coopération, normes sociales et environnementales, et accès conditionnel au marché européen.Fondements théoriques et définitions
S'appuyant sur Ulrich Beck et Bruno Latour, les auteurs décrivent la mutation comme un bouleversement profond touchant les « formes mêmes du changement », et soulignent une crise de l'imagination face à l'avenir. Ils distinguent la transition, la transformation et la mutation, cette dernière désignant le contexte historique dans lequel la transformation se produit.Identification des principaux défis
Le chapitre final recense plusieurs « blocages » à l'action climatique : l'inertie technologique et économique, la faiblesse de la gouvernance mondiale, la dépendance politique à la croissance et aux énergies fossiles, ainsi que la souveraineté du consommateur. Ces défis sont aggravés par les conflits géopolitiques, les inégalités et la polarisation, qui rendent difficile la mise en œuvre de solutions durables.Limites et portée de l'analyse
Le concept de « mutation climatique » met en lumière les interdépendances et les boucles de rétroaction, mais rend plus difficile l'établissement de relations claires de cause à effet. Les auteurs adoptent une perspective européenne, ce qui soulève des questions quant à l'applicabilité de leurs analyses à d'autres régions, aux expériences de l'après-guerre froide différentes. Malgré sa complexité, l'ouvrage propose un examen approfondi des défis et des possibilités de la « mutation climatique ».