L'initiative française visant à créer un dossier médical en ligne centralisé pour tous les citoyens, connu sous le nom de Dossier Médical Partagé (DMP), a été lancée en 2004 dans le but d'améliorer l'efficacité des soins de santé. Ce système devait regrouper les antécédents médicaux, les ordonnances et les résultats d'examens en un seul endroit, ce qui devait permettre d'économiser 3,5 milliards d'euros par an en réduisant les examens médicaux redondants et en améliorant la coordination des soins. Pourtant, malgré plus de vingt ans d'efforts, le programme n'a connu qu'un succès limité. Selon la Cour des comptes, plus de neuf dossiers médicaux numériques sur dix, parmi les quelque 40 millions créés, n'ont jamais été remplis par les professionnels de santé. Le projet a rencontré des difficultés dès ses débuts, avec un coût d'au moins 210 millions d'euros pour seulement 158 000 dossiers ouverts, dont la moitié restaient vides. En 2012, le programme a été suspendu en raison d'une utilisation très insuffisante. Les raisons principales de cet échec incluent un manque d'objectifs communs entre patients et médecins, les contraintes de temps des professionnels de santé et la méfiance du public envers la centralisation des données médicales. Un nouveau lancement en 2017, sous le nom Mon Espace Santé, visait à améliorer le système, mais le problème central – la faible adoption par les médecins – n'a pas été résolu. Les évaluations des institutions de santé mettent en lumière un manque de leadership clair dans la gestion du développement des données de santé numériques, ainsi qu'une perception, chez les professionnels de santé, que l'outil n'est pas adapté à leurs emplois du temps chargés. Dans neuf régions pilotes, le programme relancé a montré quelques signes encourageants, avec jusqu'à 10 000 nouveaux dossiers créés chaque semaine. Cependant, convaincre les médecins d'utiliser systématiquement le système reste un défi majeur. Pour remédier à ces problèmes, le gouvernement a travaillé à simplifier l'interface de Mon Espace Santé et à mettre en avant ses avantages pour les patients comme pour les professionnels de santé. Pourtant, pour que le système réussisse, il devra regagner la confiance du public et garantir une adoption réelle par les professionnels médicaux. L'écart entre la vision initiale de 2004 d'un dossier de santé numérique pleinement utilisé pour chaque citoyen et la réalité actuelle d'une utilisation faible souligne la nécessité d'une conception plus centrée sur l'utilisateur dans les initiatives de santé numérique.