Selon les dernières données de la DREES, la France compte aujourd’hui moins de médecins généralistes qu’au début des années 1980, malgré une augmentation significative de la population depuis cette période. Entre 2015 et 2025, le nombre de généralistes a diminué de 2 %, tandis que celui des spécialistes a progressé de 15 %, signe d’un déclin continu de la médecine générale depuis 2012. La création des spécialités de médecine d’urgence et d’allergologie en 2017 a, statistiquement, déplacé des généralistes vers d’autres catégories sans pour autant réduire leur activité réelle. La densité médicale atteint 346 médecins pour 100 000 habitants en 2025, mais la féminisation de la profession et les nouvelles façons de pratiquer modifient la disponibilité réelle des praticiens sur le terrain. Le mythe des départs massifs à la retraite ne résiste pas aux chiffres de la DREES. Depuis 2010, la courbe s’inverse : il y a moins de médecins généralistes qu’il y a quarante ans. Le numerus clausus, souvent pointé du doigt, est considéré comme une fausse piste par certaines analyses. Temps médical, féminisation, salarisation : les vrais mécanismes du déclin. Au 1er janvier 2025, la DREES recensait 237 200 médecins en activité en France, soit une hausse de 1,6 % par rapport à l’année précédente. Pourtant, ce chiffre global masque une réalité bien plus contrastée selon les spécialités. La médecine générale comptait exactement 100 019 praticiens actifs en 2025, contre 101 935 en 2015. Une érosion lente, mais continue, qui dessine une tendance de fond bien plus structurelle qu’un simple effet démographique lié à l’âge. Une étude de la DREES datant de 2004 prévoyait déjà une baisse progressive du nombre de généralistes, moins marquée cependant que celle annoncée pour certaines spécialités comme l’ophtalmologie ou la psychiatrie. Le numerus clausus est souvent désigné comme le principal responsable de la pénurie actuelle. Les projections de la DREES pour 2025-2030 anticipaient en effet une chute d’environ 30 % du nombre de généralistes libéraux par rapport à la population, faute d’une hausse suffisante de ce quota. Réduire le problème à cette seule variable serait cependant trompeur, car une part importante de la diminution comptable s’explique en réalité par un facteur très différent : la création, en 2017, de deux nouvelles spécialités, la médecine d’urgence et l’allergologie, auparavant exercées par des généralistes. En pratique, les praticiens qui officiaient hier sous l’étiquette « médecine générale » appartiennent aujourd’hui à une catégorie statistique distincte, sans que le nombre réel de patients suivis n’ait nécessairement changé. Un fait démographique historique éclaire une partie du phénomène : en 2025, les femmes sont devenues majoritaires parmi les médecins en France. Ce basculement, longtemps anticipé, marque un changement majeur au sein de la profession médicale. On observe également des évolutions dans les modes d’exercice, qui peuvent modifier la disponibilité des généralistes sur le terrain, indépendamment de leur nombre brut. La densité médicale nationale s’élève désormais à 346 médecins pour 100 000 habitants en 2025, contre 341 en 2024. Une réelle progression, mais bien plus lente que celle observée durant les décennies 1980 à 2000, période durant laquelle la profession connaissait une croissance continue et soutenue. Les disparités territoriales restent extrêmement marquées dans le pays. Certaines zones rurales, périurbaines ou ultramarines continuent de souffrir d’un manque chronique de praticiens, malgré les efforts déployés par les Agences régionales de santé et les collectivités locales pour attirer de nouveaux médecins. Ce phénomène, longtemps cantonné aux territoires les plus isolés, continue de créer des tensions dans des zones jusqu’alors moins touchées. La baisse continue du nombre de généralistes en activité depuis 2010 dessine un phénomène bien plus complexe qu’une simple équation entre le nombre d’étudiants formés et les départs à la retraite. Réaffectation des spécialités, transformation sociologique de la profession, choix de carrière différents : tous ces mécanismes s’entremêlent pour produire ce déclin silencieux mais bien réel. Un constat qui invite à repenser les leviers d’action au-delà du seul numerus clausus, désormais remplacé par un numerus apertus plus flexible, pour espérer inverser durablement la tendance dans les années à venir.