Une seule lettre manquante dans une séquence de commandes a condamné Phobos 1, un satellite soviétique lancé vers Mars en 1988. Pesant plus de six tonnes – l’équivalent d’environ quatre voitures familiales –, la sonde devait étudier Mars et ses lunes, en particulier Phobos, la plus grande des deux lunes de la planète. Les 28, 29 et 30 août 1988, le centre de contrôle a envoyé une longue séquence de commandes à la sonde. Cependant, une lettre manquait, ce qui a poussé l’ordinateur de bord à mal interpréter la séquence. Au lieu d’exécuter les commandes prévues, il a déclenché une routine de test censée être supprimée avant le lancement. Cette routine a désactivé les propulseurs d’attitude de la sonde, essentiels pour maintenir son orientation dans l’espace. Sans ces propulseurs, Phobos 1 ne pouvait plus aligner ses panneaux solaires avec la lumière du soleil, ce qui a vidé ses batteries. Le 2 septembre 1988, la session de communication prévue n’a jamais eu lieu, et le contact avec la sonde a été définitivement perdu. La sonde se trouvait encore à plusieurs semaines de sa destination, Mars, et ne l’atteindrait jamais. Des responsables soviétiques ont ensuite informé l’Agence spatiale européenne d’une « erreur de commande » ayant provoqué la perte d’orientation de la sonde et son incapacité à répondre aux signaux. Pourtant, des sources occidentales avaient déjà signalé des problèmes dès le 29 août. Un désaccord entre les centres de contrôle de Ievpatoria, en Crimée, et Moscou sur la direction de la mission a peut-être contribué au problème. Moscou a pris le contrôle de la mission, tandis que Ievpatoria était chargée de vérifier chaque commande. Cette répartition a compliqué l’envoi de commandes valides. Selon certaines versions, un ordinateur utilisé pour vérifier les séquences de commandes était en maintenance, poussant un technicien à envoyer le code sans attendre la vérification. Cette procédure a contourné les contrôles habituels, ce qui a pu contribuer à l’erreur. Malgré l’échec de Phobos 1, sa jumelle, Phobos 2, a réussi à se placer en orbite autour de Mars en janvier 1989. Elle a collecté des données précieuses sur le Soleil, Mars et Phobos. Cependant, le 27 mars 1989, les communications avec Phobos 2 ont également cessé en raison d’une défaillance de son ordinateur de bord. Aucune des deux sondes n’a réussi à déployer des atterrisseurs sur Phobos, objectif majeur de la mission. Pourtant, selon un article publié dans Spaceflight en 1988, les mesures de plasma autour de Mars et de Phobos ont été largement couronnées de succès. La routine de test oubliée, responsable de l’échec de Phobos 1, reste un exemple souvent cité de l’importance cruciale de tester rigoureusement le code de vol et de s’assurer qu’il est correctement supprimé avant le lancement.