La prévention des incendies doit davantage retenir l'attention

Anne Ganteaume, directrice de recherche à l'Inrae et spécialiste des incendies, souligne la nécessité d'investir davantage dans la prévention des incendies et l'aménagement du territoire afin de renforcer la résilience face aux feux de forêt. Selon elle, les efforts actuels, qui reposent largement sur des moyens de lutte comme les avions Canadair, ne suffisent pas à faire face à la menace croissante.

Le rôle de l'agriculture dans la prévention des incendies

Anne Ganteaume insiste sur le rôle de l'agriculture dans la réduction des risques d'incendie. Elle explique que les parcelles cultivées peuvent jouer le rôle de coupe-feu en diminuant la quantité de biomasse disponible pour les flammes, à condition d'être entretenues et que l'herbe sèche soit enfouie. Cette approche peut contribuer à ralentir la propagation des feux de forêt.

Aménager le paysage pour stopper les incendies

Elle suggère également de planter les rangs de vigne et les arbres perpendiculairement aux vents dominants, afin d'empêcher la formation de corridors de feu. Dans les forêts, la hauteur des arbres ralentit le vent, ce qui n'est pas le cas dans les vignobles ou les vergers, qui peuvent créer des passages favorisant une propagation plus rapide des incendies.

Gérer l'herbe sèche dans les zones à haut risque

Anne Ganteaume propose de labourer et d'enfouir l'herbe sèche dans les zones très exposées aux incendies. Si elle reconnaît les avantages des cultures intermédiaires, elle s'interroge sur leur efficacité lorsqu'elles sont brûlées ou pâturées. Elle évoque des compromis possibles, comme laisser l'herbe en place lorsque les parcelles sont alignées perpendiculairement au vent, ou utiliser l'eau pour maintenir la végétation verte.

Le changement climatique allonge la période à risque

Julien Ruffault, chercheur à l'Inrae, a étudié en 2023 l'impact du changement climatique sur le risque d'incendie dans la région méditerranéenne. Il constate que la période de risque maximal s'est allongée et s'étend actuellement du 16 juillet au 24 août. Si les températures mondiales augmentaient de 4 degrés Celsius, cette période pourrait couvrir, d'ici la fin du siècle, la fin mai à la fin octobre.

Risques futurs et nouvelles zones touchées

Julien Ruffault met en garde : dans ce scénario de réchauffement, le nombre d'incendies touchant au moins un hectare pourrait augmenter de 80 %, et ceux dépassant 100 hectares de 240 %. Il note également que les incendies se multiplient dans des zones jusqu'alors épargnées, comme la partie occidentale du bassin méditerranéen et les hautes altitudes. Ces régions ont jusqu'ici fait l'objet de moins d'attention en matière de prévention, en raison d'une urbanisation plus faible et de risques associés moindres.