L'historien de l'environnement Grégory Quenet relie les récents incendies en Europe au changement climatique, à la disparition de pratiques de gestion des terres et à des politiques défaillantes.
Les incendies de forêt liés au climat et à l'histoire
Grégory Quenet, professeur d'histoire environnementale et codirecteur du département des Humanités environnementales du Collège des Bernardins, a analysé les récents incendies de forêt particulièrement graves en France et en Europe. Il a mis leur intensité en lien avec le changement climatique, mais aussi avec des facteurs structurels de long terme, tels que l'usage des sols et les pratiques de gestion.Les facteurs historiques accentuent le risque d'incendie
Grégory Quenet explique que les incendies de cet été sont les plus graves jamais enregistrés, et qu'ils résultent de transformations survenues au cours des 150 dernières années. Une cause majeure est l'absence de brûlages dirigés, que les communautés autochtones comme européennes pratiquaient autrefois pour entretenir les terres, ce qui a entraîné une accumulation de matières inflammables dans les forêts.L'usage moderne des sols augmente le danger
Un autre facteur tient au recul de l'activité agricole depuis 1945 et à l'extension des zones résidentielles dans les régions exposées aux incendies. Les polices d'assurance qui prennent en charge la reconstruction après un incendie ont en outre encouragé l'urbanisation de ces zones, accroissant leur vulnérabilité aux feux de forêt.Transformation des forêts et défis de gestion
Les forêts françaises ont profondément changé depuis l'époque moderne, sous l'effet du reboisement, de l'évolution des usages du bois et de la modification des structures de propriété. Malgré la forte valeur sociale et politique des forêts, Grégory Quenet estime qu'il manque une véritable « culture de la forêt », que la sensibilisation du public reste limitée et que la gestion des ressources forestières par l'État n'est pas efficace.Les forêts privées sont plus exposées
Grégory Quenet souligne que les forêts privées sont plus vulnérables aux incendies que les forêts publiques, en raison d'un entretien insuffisant et d'une faible diversité écologique. Il critique le terme « mégafeu », qui met l'accent sur l'échelle du phénomène plutôt que sur ses conséquences humaines, et cite le film Paradis pour souligner la nécessité pour les communautés de se préparer et de s'adapter.La prévention des incendies est possible
Les travaux de Grégory Quenet sur les incendies de Los Angeles, fondés sur des études menées au Getty Center, montrent que la prévention peut être efficace grâce à des efforts ciblés sur la gestion de la végétation et la préparation des infrastructures, sans nécessiter de moyens excessifs.