L'influence chinoise sur le design automobile

Le marché automobile évolue rapidement, en grande partie en raison de l'arrivée des marques chinoises en Europe. Ces marques ont un impact considérable, notamment sur les délais de conception : il faut environ deux ans pour développer une nouvelle voiture en Chine, contre trois à quatre ans en Europe. De plus, les coûts de développement sont inférieurs d'environ 40 % en Chine.

Le virage stratégique de Renault

Les constructeurs automobiles européens ont dû s'adapter à cette concurrence. Renault fait partie des entreprises qui ont réagi en ouvrant deux centres de R&D en Chine, chargés notamment de concevoir la nouvelle Twingo E-Tech. Fabrice Cambolive, directeur général de la marque Renault, a expliqué au Salon de l'automobile de Paris que Renault ne cherche plus à multiplier les modèles. La marque veut plutôt améliorer ses voitures existantes tout au long de leur cycle de vie, à l'image de l'approche des constructeurs chinois.

Les projets de nouveaux modèles

Renault ne compte pourtant pas arrêter l'arrivée de nouveaux modèles. Son plan stratégique futur, futuREady, prévoit 36 nouveaux modèles pour le groupe d'ici 2030, dont 16 entièrement électriques, avec une part importante destinée à des marchés hors d'Europe, notamment l'Inde, la Corée du Sud, l'Amérique latine, le Maroc et la Turquie. Au Salon de l'automobile, Cambolive a confirmé que les familles Scénic et Rafale seraient renouvelées en 2028. Les améliorations continues viennent s'ajouter à un calendrier de lancements qui reste chargé.

Le développement de la Twingo E-Tech

La Twingo E-Tech a servi de test à la nouvelle méthode de Renault. Elle a été développée en 100 semaines, soit environ deux ans, dans le cadre du programme Leap 100, et une part importante de l'ingénierie a été réalisée au centre ACDC de Shanghai. Olivier Laik, directeur du programme des petits véhicules chez Renault, a déclaré à l'époque que la période de développement n'avait duré que deux ans, contre trois à quatre ans habituellement. Le groupe veut désormais ramener le développement de tous ses futurs modèles à 100 semaines.

Mises à jour logicielles et rentabilité

Renault veut désormais raccourcir le développement de tous ses modèles, quitte à les améliorer ensuite. Le constructeur compte sur les mises à jour logicielles à distance (OTA, pour over-the-air) pour maintenir ses voitures à jour. Ces mises à jour permettent aussi aux modèles de rester plus longtemps au catalogue et donc d'être plus rentables. La Twingo bénéficie déjà de cette logique en matière d'équipements, puisqu'elle a récemment reçu le toit panoramique Twingobay, une option non ouvrante facturée 550 euros. Ce toit n'était pas prévu à l'origine : Renault l'a ajouté en réponse au succès de la R4 Plein Sud.

Les enseignements tirés des clients et la stratégie électrique

Cambolive est convaincu qu'avec les véhicules électriques, l'entreprise est entrée dans une logique d'amélioration continue. Il souligne que Renault dispose d'informations beaucoup plus immédiates sur le comportement des clients, comme le nombre de kilomètres parcourus, la part effectuée sur autoroute ou le nombre de recharges par semaine. Cela permet à l'entreprise d'ajuster très rapidement les caractéristiques du véhicule, sans attendre un restylage ou une nouvelle génération, qui n'arriveraient que quelques années plus tard.

Rivaliser avec les marques chinoises

En procédant ainsi, la marque française veut se battre sur le même terrain que ses rivaux chinois. Parallèlement, Renault prévoit de rendre ses voitures électriques plus abordables, en s'appuyant plus que jamais sur la chimie LFP (lithium-fer-phosphate). Cette technologie équipe déjà la Twingo et la R5 E-Tech dans sa version Five, avec une batterie de 36,5 kWh, et la future R4 Jogging y aura aussi accès d'ici la fin de 2026.

Production et investissements en France

Renault entend toutefois continuer à produire ses voitures en France et prévoit d'augmenter le taux de production de 50 % au cours des 12 prochains mois. Ce chiffre s'inscrit dans une hausse plus large. François Provost, directeur général du groupe Renault, a annoncé sur franceinfo que la production du groupe en France augmenterait de plus de 25 % cette année grâce à ses voitures électriques. Il table également sur plus de 10 milliards d'euros d'investissements en France au cours des cinq prochaines années, à condition que la France reste stable sur les plans politique et financier.