Dans la région des Hauts-de-France, dans le Pas-de-Calais, Jérôme Costeux et sa famille ont opéré un virage significatif en abandonnant l’élevage laitier traditionnel pour se consacrer à la production de lait de chèvre. Leur exploitation, le Gaec de La Villeneuve, abrite désormais 940 chèvres sur 130 hectares. Ce changement, entamé en 2016, répondait à la volonté d’offrir des perspectives à la nouvelle génération tout en s’adaptant aux contraintes locales, notamment la disponibilité et le coût des terres. À l’origine, l’exploitation comptait 80 vaches laitières produisant 670 000 litres de lait par an. Cependant, l’extension du cheptel bovin n’était pas envisageable en raison du prix élevé des terres, pouvant atteindre entre 15 000 et 20 000 euros l’hectare. L’idée de se tourner vers l’élevage caprin est née après que Jean, le plus jeune de la famille, ait effectué un stage dans une ferme caprine biologique en Bretagne. Séduits par la propreté et la rentabilité de l’exploitation, les Costeux ont commencé à étudier la possibilité de convertir leur ferme. Ils se sont finalement associés à Capra, une filiale de la coopérative Eurial, et ont signé un accord avec la coopérative Prospérité fermière pour la collecte de leur lait de chèvre bio. Les premiers animaux sont arrivés en octobre 2017, et dès avril 2018, la ferme était prête pour sa première traite. Les débuts n’ont pas été sans difficultés, car pendant un an, vaches et chèvres ont été traites dans les mêmes installations avant que les infrastructures ne soient adaptées aux nouveaux animaux. Depuis, l’exploitation a pris de l’ampleur et s’est transformée. Le Gaec, initialement composé de Jérôme et de son épouse Élisabeth, compte désormais leurs fils Émile, Jean, et bientôt Arthur. Pour soutenir ces cinq associés, la ferme devait atteindre un certain volume de production. En 2021, une salle de traite rotative SAC, dotée de 72 places, a été installée, permettant à la famille de traire le troupeau efficacement : deux heures le matin et une heure trente le soir. L’exploitation travaille également à l’extension de ses installations, avec notamment la construction d’un bâtiment Dugué pour abriter les 400 jeunes chèvres. Initialement engagée dans le bio, la ferme va sortir du mode de production biologique d’ici octobre 2025, à l’issue d’un contrat de dix ans avec Eurial. Si cette transition pourrait réduire le prix du lait, Jérôme y voit des avantages en termes de désherbage, de rendement des cultures et de réduction des coûts en protéines. Il souligne le potentiel de l’élevage caprin dans les Hauts-de-France, rappelant que la Belgique voisine compte 60 fermes caprines produisant 60 millions de litres de lait par an. Avec un intérêt croissant des jeunes pour ce secteur, il estime que des succès comparables sont possibles dans sa région.