Le 29 septembre, le ministère français de la Santé a lancé une version actualisée de son derivomètre, un outil conçu pour aider les individus à repérer d’éventuels dangers liés aux médecines alternatives. Cette initiative intervient alors que les inquiétudes grandissent face à des pratiques nocives dans les secteurs du bien-être et de la santé, comme l’a souligné la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Une enquête Odoxa de 2023 révèle que 16 % des Français ont délaissé les soins médicaux traditionnels au profit de traitements alternatifs, ce qui souligne l’importance de la sensibilisation et de la prudence. Le derivomètre recense 16 situations différentes, chacune associée à l’un des trois niveaux d’alerte : « Je reste attentif », « Je fais une pause » ou « J’arrête ! ». Destiné aux personnes concernées, à leurs proches ou à celles qui pourraient être influencées par leur entourage, l’outil sera mis à disposition en ligne et diffusé par divers partenaires, dont la Miviludes, les organisations professionnelles de santé, les agences régionales de santé (ARS), les groupes de patients et les associations d’aide aux victimes de dérives. Pascale Duval, directrice et porte-parole de l’Unadfi (Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu), a souligné que le derivomètre ne vise pas à critiquer les médecines alternatives en elles-mêmes, mais à mettre en lumière leurs éventuels détournements. Elle a expliqué que l’outil se concentre sur la manière dont ces pratiques sont exercées, plutôt que sur les pratiques elles-mêmes. Duval a également pointé du doigt certaines dérives de praticiens alternatifs, comme l’utilisation de pénétrations digitales ou d’objets pour « libérer » des « chakras périnéaux », qu’elle qualifie de forme d’agression sexuelle. Florence Pinloche, psychologue clinicienne au Centre contre les manipulations mentales (CCMM), a salué l’utilité de l’outil dans une démarche de prévention et d’éducation. Elle a relevé que de nombreux praticiens de médecine alternative se présentent comme des professionnels qualifiés, ce qui rend difficile pour le public de remettre en question leur légitimité. Pinloche a ajouté que les recommandations personnelles de proches ou de collègues peuvent encore compliquer l’identification de pratiques potentiellement dangereuses. Le ministère de la Santé a indiqué que le derivomètre sera largement diffusé auprès du grand public. Pascale Duval a également suggéré que l’outil pourrait être installé dans les salles d’attente des médecins conventionnels, afin de les aider à mieux orienter leurs patients sur les risques liés aux médecines alternatives. Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large visant à concilier l’usage des thérapies alternatives avec la nécessité de garantir la sécurité et des choix éclairés.