Denis Pringault, éleveur bovin dans le département de l’Orne, a décidé d’effectuer un abattage sélectif de son troupeau après avoir découvert une vache atteinte de tuberculose bovine. Son exploitation est placée sous arrêté préfectoral de déclaration d’infection (APDI) depuis le 28 mai. La région du Pays d’Auge, zone vallonnée partagée entre l’Orne et le Calvados, lutte contre la tuberculose bovine depuis près de dix ans. Arnaud Delafosse, lors d’une réunion générale de l’Orne GDS début juin, a évoqué comme cause probable de la propagation de la maladie une contamination environnementale par la bactérie Mycobacterium bovis. La transmission entre bovins se fait notamment au pâturage, surtout dans les zones humides où la bactérie prolifère, mais aussi via les blaireaux et les sangliers. En 2025, huit blaireaux et cinq sangliers ont été testés positifs à la maladie. L’exploitation de Pringault, située à Athis-Val-de-Rouvre – l’une des deux zones touchées dans l’Orne –, a perdu son statut sanitaire, ce qui l’empêche désormais de vendre des animaux à d’autres élevages. Tout animal envoyé à l’abattoir doit être accompagné d’un laissez-passer. L’une des deux vaches testées négatives en avril s’est révélée positive après un abattage diagnostique. Pringault, qui évolue depuis plusieurs années en zone de prophylaxie renforcée, s’inquiète du risque de contamination de son troupeau après avoir appris que des exploitations voisines étaient infectées, dont une avec des pâturages contigus. Les protocoles de dépistage ont été renforcés pour les élevages proches des foyers identifiés : les bovins de plus de 12 mois doivent être testés immédiatement par intradermotuberculination comparative (IDC) et dosage de l’interféron gamma dans le sang. Pringault a opté pour un abattage sélectif d’une durée d’un an, en concertation avec son salarié Sébastien Marie et sa conjointe Nathalie Cavaezana, employée à temps partiel. Cette décision a été facilitée par la compensation étatique de six mois de pertes laitières, décidée fin avril au lieu de trois initialement prévus. Bien que sceptique quant au risque de contamination de la population française par la bactérie – le dernier cas humain remontant à 2004 –, il se conforme aux réglementations et se soumettra aux examens médicaux obligatoires, dont des radiographies pulmonaires pour lui et ses employés. L’abattage sélectif a débuté le 28 mai, avec l’élimination de 25 vaches, 5 génisses et 32 jeunes taureaux sur plusieurs jours. Ces animaux étaient en contact avec la vache infectée, avaient présenté des résultats non négatifs lors de précédents tests ou étaient des animaux excédentaires. Le premier contrôle, dit C1, a été réalisé avec succès le 20 juillet : les analyses de 12 vaches et 6 génisses envoyées à l’abattage diagnostique se sont révélées négatives. Le second contrôle, C2, est prévu en octobre. Le troupeau de l’exploitation est passé de 110 vaches en avril à 73 cet été, entraînant une baisse de 30 000 litres de production laitière en juin, juillet et août. L’État indemnisera six mois de pertes de production par vache abattue. Le lait actuellement produit, payé par Lactalis mais non collecté, est reversé dans la fosse à lisier et épandu sur des terres labourées. Des négociations sont en cours entre l’interprofession laitière normande et le ministère de l’Agriculture pour une couverture financière du lait déclassé, partagée entre les filières et les pouvoirs publics. L’indemnisation étatique de six mois de pertes laitières, ainsi que la suspension de l’atelier viande, seront calculées sur la base de l’expertise de l’Orne GDS, qui évalue aussi la valeur des animaux pour compenser ceux abattus. Les premières estimations tablent sur une indemnisation moyenne de 2 400 euros par vache. Pringault recevra ces fonds une fois l’APDI levé, avec la possibilité de demander une avance de l’État avant cette date. Pringault a obtenu un report de six mois sur le remboursement de ses crédits bancaires, une mesure qu’il qualifie de soulagement. Le retour à une activité quasi normale dépendra de la validation finale par la DDETSPP des mesures de biosécurité. Il a déjà engagé des travaux pour un budget de 25 000 euros, dont 80 % sont subventionnés par le département de l’Orne et les interprofessions laitières et carnées régionales. Le dossier a été préparé par le GDS 61, qui l’accompagne depuis le début. La sécurisation de deux pâturages par des clôtures situées à deux mètres des propriétés voisines permet le pâturage de 30 génisses et limite l’occupation des bâtiments, évitant ainsi les contacts entre animaux, voie majeure de transmission de la bactérie. Pringault souligne avoir d’abord obtenu l’accord de ses voisins éleveurs.